Etude de J. Chartron - Bir-Hakeim

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Etude de J. Chartron

L'HISTOIRE


LA BATAILLE DE BIR-HAKEIM

Une Etude de J. CHARTRON depuis l'ESM



Le 10 juin 1940 l'Italie entre en guerre aux côtés de l'Allemagne.  Quinze jours plus tard la France. submergée par l'Allemagne, dépose les armes.  L'équilibre de la Méditerranée est rompu, la guerre franchit les détroits et va se porter de l'autre côté, en Afrique.  Bientôt ramenée à un cadre plus étroit que celui de tout le continent, elle prend, dès le début, la Libye et la Cyrénaïque pour théâtre principal.  Anglais et Allemands vont s'y mesurer pendant trois ans. Tobrouk, El-Alamein sont des épisodes devenus légendaires.  Pour nous, Bîr-Hakeim est un symbole, notre bataille du désert.





L'entrée en guerre de l’Italie et la défaite française entraînent deux conséquences.  Sur mer l'Allemagne trouve une ouverture grâce aux côtes italiennes.  La Grande-Bretagne conserve ses points forts aux deux extrémités avec Gibraltar et Alexandrie et un point intermédiaire, Malte, son porte-avions méditerranéen.  En Afrique, l'Italie se lance dès le 10 juin dans la poursuite de son expansion longtemps arrêtée, sur le littoral du Proche et du Moyen-Orient.  Pour les Britanniques, il s'agit de lui barrer la route de l'Egypte, du Nil et du pétrole. et si possible de chasser d'Afrique toutes les forces de l’Axe.

Dès son arrivée, l’Italie se heurte au terrain, au climat et aux conditions de vie qui donnent au conflit un caractère nouveau.  C'est la nature qui la première impose ses lois.  La longue bande désertique qui s'étend des confins ouest du Maroc et de la Mauritanie jusqu'à la vallée du Nil n'offre qu'une immense étendue de sable.  Rien ne pousse et seuls quelques puits rendent la côte un peu moins inhospitalière que l'intérieur.  Il n'y a aucun point de repère au milieu de cette mer de sable.  La pluie est rare mais sa violence peut entraver toute circulation durant des jours. faisant naître des mares de boue.  Le vent brûlant, le khamsin, peut souffler des journées sans répit, desséchant tout ce qui vit.

Une bonne route côtière relie Tripoli à Sollum.  C'est la seule voie de communication praticable.  Le reste est réduit à des pistes entre oasis.  Aussi les villes se sont-elles réfugiées sur la côte. Tripoli et Benghazi sont de bons ports, Tobrouk une bonne base.  




L'absence de ressources et d'eau, la longueur des lignes de communication, le sable, le climat imposent une lourde servitude à celui qui veut y conduire ses troupes et exigent de tous ceux qui y viennent une endurance morale et physique bien au-dessus de la moyenne(1).  Le seul armement qui soit à la dimension de ces étendues est le char en 1940, mais un char de qualité; celui qui tire le plus loin est toujours le plus fort.  Ce que le char ne peut faire l'avion le fait.  
Hitler a confié à sa nouvelle alliée la garde du bassin méditerranéen.  Sur mer la marine italienne doit être capable de tenir en échec la marine anglaise.  En Afrique l'offensive Italienne semble bien commencée.  L'Angleterre possède Tobrouk qui sert d'intermédiaire entre la Méditerranée et ses colonnes qui sont en Afrique.  C'est aussi une garnison solide.
De l'initiative italienne le 10 juin 1940 jusqu'en février 1942, nous allons assister à une série de poursuites dans le désert; un petit coin de cette immense étendue va changer cinq fois de mains: Bir-Hakeim.  A la cinquième fois tout le monde en parlera, car, pour la première fois depuis 1940, les Français avaient participé les armes à la main à une grande bataille; depuis l'appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 les Français attendaient.  

(
1) « l,e mérite et la valeur du soldat s'y mesurent par sa résistance physique, son intelligence, sa rnobilité. son sang-froid, sa ténacité, son amour et son stoïcisme.  Chez un conducteur d'hommes, il faut les mêmes qualités à un degré supérieur et il doit en outre posséder une inflexibilité exceptionnelle, communier avec ses hommes, juger instinctivement du terrain et de l'ennemi, réagir et penser avec rapidité » (Rommel).  





Entre le début de la guerre en Afrique le 10 juin 1940 et la fixation des Anqlais sur la ligne de Gazala, au début de 1942, les opérations dans le désert présentent pour chaque camp une succession de revers et de succès.  Tour à tour ce sont des avances foudroyantes, puis des replis faute d'avoir pu reprendre son souffle.




 Le général Wavell décide d'en profiter pour lancer à son tour une offensive, bien entendu proportionnée à ses moyens. Le mois de novembre est consacré à une répétition générale de l'attaque. Le 9 décembre la bataille de Sidi-Barrani est déclenchée. Pendant trois jours le plan de Wavell va se dérouler comme prévu; les Italiens laissent 38.300 prisonniers. Wavell décide d'exploiter immédiatement ce succès. La R.A.F. à l'intérieur et la Royal Navy sur le littoral bombardent sans relâche les troupes de Graziani pendant leur repli.  Sollum tombe, puis Bardia le 4 janvier.  Le 21 janvier Tobrouk est aux mains des Anglais.  Les Italiens se replient sur Benghazi.  Les Britanniques manoeuvrent pour les prendre de flanc comme dans un étau.  Cette nouvelle bataille dite de Beda-Forum se traduit par l'abdication des Italiens le 7 février.  Sur les 900 kilomètres faits en deux mois, les Anglais, grâce à la valeur des combattants et malgré leur faiblesse matérielle, ont ramené 130 000 prisonniers. 

Au début du mois de mars les forces allemandes menacent la Grèce.  Les Anglais prélèvent des troupes en Afrique, obligeant Wavell à remettre à plus tard sa progression.  Pendant ce temps Rommel débarque à Tripoli, envoyé par l'Allemagne au secours du partenaire italien.  




Rommel ne perd pas de temps.  Le 24 mars il attaque, forçant les Anglais à évacuer Benghazi le 4 avril, Tobrouk le 15.  Le repli est difficile; le nouvel adversaire bien équipé et agressif.  Vers Sollum pourtant il est tenu en échec, Tobrouk est reprise et restera anglaise pendant huit mois.  Une fois encore les distances et les graves problèmes qu'elles posent ont arrêté l'offensive. Une interruption de quelques mois va permettre aux adversaires de s'observer mais aussi de refaire leurs forces.  
Ce sont les Britanniques commandés par Cunningham qui interrompent cette trêve, le 18 novembre 1941.  En fait la bataille de Sidi-Rezegh est un combat de chars où la victoire de la 8e Armée britannique est laborieuse.  Richtie remplace Cunningham, force Rommel à la retraite. De nouveau les Britanniques vont jusqu'à Benghazi.  Au début de janvier 1942 Rommel s'installe sur la ligne d'Agheila.  Pas pour longtemps puisque le 21 janvier il reprend l'offensive, occupe Benghazi le 28. Richtie reçoit l'ordre de s'installer sur la ligne de Gazala - Bir-Hakeim.  Pour quatre mois le front est stabilisé.
 
Pour défendre la position impartie par Auchinleck, Richtie bénéficie d'un terrain favorable à la défensive.  Mais des possibilités de manoeuvres d'enveloppement très larges s'offrent au sud.  Richtie dispose de :
   - Deux divisions blindées (1ère et 7ème ),
          - Quatre divisions d'Infanterie,
        - Deux brigades de chars,
         - Une brigade motorisée indienne
         - La 1"' Division Française Libre.

Plus à l'est, Tobrouk est occupé par Ici 2ème  Division sud-africaine et une brigade indienne.  C'est le centre essentiel de ravitaillement tant par mer que par terre.
       A l'ouest, deux divisions d'infanterie occupent des points d'appui solides couverts par des champs de mines continus et barrant la zone côtière sur un front d'une trentaine de kilomètres. Les champs de mines continus se prolongent vers le sud sur une quarantaine de kilomètres, surveillés par deux points d'appui: Gott-el-Oualeb tenu par la 150ème  Brigade et Bir-Hakeim par la brigade française.
       Une brigade blindée tenait le carrefour de Knightsbridge et deux brigades d'infanterie surveillaient le désert entre Bir-Hakeim et Bir-el-Gobi à l'est et couvraient la masse blindée britannique tenue en réserve comme masse de manoeuvre et concentrée au sud-ouest de Tobrouk 1ère DB, 7ème DB, 1ère brigade de la Garde).  Une division hindoue et une brigade française libre étaient en réserve plus à l'est.  
       En plaçant en premier échelon deux divisions et deux briqades sur 70 kilomètres, en allongeant son front, le général Richtie a cru que l'ennemi n'oserait effectuer par le sud un mouvement tournant dont l'ampleur serait trop dangereuse.  Mais entre la 50ème  Division et les Français, il y a un vide de 16 kilomètres.  
       Du côté des forces de l'Axe, Rommel possède au total dix grandes unités, trois cent vingt chars allemands et deux cent quarante italiens.  De plus, l'aviation du maréchal Kesserling arrivée en Méditerranée à la fin de 1941, porte depuis quelque temps des coups sévères au porte-avions que constitue pour les Anglais, l'île de Malte. il s'agit pour l'Allemagne de réduire cet obstacle de la route Méditerranéenne.
 
       Pour Rommel l'attaque de la position britannique doit se dérouler en trois phases, soit trois jours :
- d'une part les troupes italiennes non motorisées fixeront la 80ème  Armée au nord, aidées de quelques blindés pour faire du bruit et des moteurs d'avions sur véhicules feront la poussière.  Ainsi la diversion sera complète.  Pendant ce temps la masse blindée lancée au sud se scindera en deux, une partie (I'Ariete) se dirigeant, par l'ouest, sur Bir-Hakeim, le reste remontant directement sur Acroma en se couvrant face à El-Aden;
- dans un 2' temps, écrasement des Britanniques entre la masse blindée surgissant dans leur dos et les Italiens qui font diversion;
- le 3' stade est Ici prise de Tobrouk. 
       Allemands et Britanniques sont prêts pour la grande explication.  Avant de la voir se déclencher, suivons la ligne de défense britannique jusque sa limite sud.  Nous voilà à Bir-Hakeim.  Rien de particulier ne signale cette position.  Des réservoirs comblés appelés « les Mamelles », des puits taris, puis un fortin mal en point sont les seules traces du passage de l'homme.  La côte est à 60 kilomètres.  C'est un carrefour de mauvaises pistes : la première vient du sud, reliant les oasis de l'intérieur à la mer.  La seconde rejoint une grande piste à Bir-el-Gobi, pour se prolonger loin à l'ouest.  Le relief n'est représenté que par une faible crête reliant les « Mamelles - au fortin du sud, donnant à la position une légère forme de cuvette ouverte au nord-ouest.  Le climat est à la limite du supportable, entre la bande côtière habitable et l'intérieur hostile à toute implantation humaine.  



C'est cette nature inhospitalière qui accueille la 1"' Brigade Française Libre (1èreBFL) le 14 février 1942.  Ces hommes qui sont un petit lot de Français au milieu du désert sont bien différents et représentent à eux seuls plus de cinquante langues et dialectes.  Nous trouvons en vrac le 1er Bataillon d'Infanterie de Marine sous les ordres du Père Savey, jeune dominicain du grade de commandant qui mourra à Bir-Hakeim; des fusiliers-marins qui ont vu Dunkerque et Cherbourg; la 13e Demi-Brigade de Légion qui a participé aux combats de Narvik, et connu Dakar, le Cameroun, le Gabon, l'Érythrée ravie aux Italiens, enfin la Syrie, avec à sa tête le prince géorgien lieutenant-colonel Amilakvari ; le Bataillon du Pacifique a été forgé de toutes pièces par le lieutenant-colonel Broche, donnant avec ses Tahitiens une couleur étonnante en cet endroit; les tirailleurs de l'Oubangui, du Tchad, du Congo, des Nord-Africains, des Annamites viennent compléter cette fresque.  Aventuriers à la recherche de sensations violentes, et en quête de nouveaux horizons, ou Français blessés de sentir leur pays sous la « botte prussienne tous ces soldats ont en commun une patrie: la France.
 
       Comment sont-ils arrivés ici, dans les bagages des Anglais, loin de leur pays ? la 1ère et la 2ème B.F.L. sont créées de la 1" Division Française Libre constituée en Syrie.  Le général de Larminat les a conduites en Libye, confiant la 1"' B.F.L. général Koenig.  Celle-ci formait une unité autonome avec ses transmissions, son groupe sanitaire, lorsqu'elle fut envoyée en Libye au moment de l'offensive du général Auchinleck en juin 1941.  Depuis elle a participé à toutes les campagnes du désert, se signalant notamment en janvier 1942 dans la prise d'Halfaya.  En février elle s'installe à Mechili d'où elle repart presque aussitôt La 1èreB.F.L. n'a pas épargné sa peine pendant toutes ces campagnes.  Partout où elle passait elle se dépensait pour enlever à l'adversaire ce qu'elle pouvait lui enlever.  Et de nouveau une nouvelle mission lui incombe à Bir-Hakeim:
« Contraindre l'ennemi à effectuer ses mouvements largement vers le sud s'il essayait de déborder la position, canaliser son avance s'il parvenait à l'enfoncer et interdire enfin toute attaque venue de la direction de Tengeder et partant sur celle de Bir-el-Gobi ». 
       Le terrain, les hommes, la mission, tous les éléments y sont, pour nous pencher sur l'organisation des Français dans la place.  
       Dès son arrivée la 1 re B.F.L. s'entoure de mines.  Elle en pose plus de 50.000 qu'elle double parfois de barbelés.  Un périmètre de 17 kilomètres est ainsi bouclé, à l'intérieur duquel un travail intense a déjà commencé.  Pour pallier le manque de défenses naturelles, chaque combattant est amené à s'enterrer et (à se fortifier (à l'aide de sacs à terre.  Le P.C. du général Koenig, le groupe sanitaire subirent aussi le même sort.  Après trois mois de travail la place offre un système défensif digne de Vauban.  Mais les remparts ont été remplacés par les mines et les tranchées.  Trois portes sont laissées ouvertes, sortes de chicanes compliquées et difficiles à franchir: l'une au nord-ouest près des « Mamelles », la deuxième au nord-est, enfin la dernière au sud.  La position est divisée en trois grandes zones attribuées respectivement au Bataillon de Marche N° 2, au Bataillon du Pacifique N° 1 et au 2ème  Bataillon de Légion Etrangère.  Le 3ème  Bataillon de Légion Etrangère se voit confier des missions particulières : constituer des colonnes mobiles autonomes d'une cinquantaine de camions chacune, d'une dizaine de canons de 75, de canons antichars et antiaériens. Leur mission est de harceler l'ennemi et de renseigner.  C'est encore au 3ème  B.L.E. qu'incombent la garde des portes et la surveillance des champs de mines.  Pour cela il dispose de « bren-carriers » engins semi-chenillés abandonnés par les Anglais, de techniciens de radios bien équipés et de sapeurs-mineurs auxquels il convient d'ajouter trois canons de 75 portés.  Tout ce qui ne peut être utilisé ni à l'intérieur de la place ni aux abords immédiats est envoyé à Bir-bu-Mafès située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Bir-Hakeim.  Il s'agit surtout de véhicules qui restent ainsi à portée de main.  
       L'armement et le matériel en général sont des plus hétéroclites.  La majeure partie provient des dépôts de l'Armée de Syrie.  Difficile à renouveler et à alimenter en pièces de rechange, ce matériel est remplacé peu à peu par un matériel plus récent d'origine anglaise.  Ainsi les canons de 40 Bofors font leur apparition.  L'instruction pour le maniement de ce nouvel armement n'est pas une entrave; le général Koenig veille à ce que ses hommes soient sans cesse entraînés.  Des bains de mer sont organisés sur la côte.  Hélas pour un délai bien court.  
       La mission reçue par le général Koenig du commandant du XXXème Corps Britannique, le lieutenant-général Norrié ne précise pas combien de temps doit tenir Bir-Hakeim.  Les provisions qui se trouvent dans la place doivent permettre de tenir dix jours; il y a 20 000 coups de 75.  Le 26 mai vers 19 heures le commandant Amie revient à Bir-Hakeim après une sortie et rend compte au général Koenig de ce que sa colonne mobile a repéré des mouvements ennemis vers Rotonda-Signali.  Aussitôt toutes les ouvertures sont fermées; les 75 sont doublés d'engins antichars. Le 27 à 5 h 30 le téléphone ne répond plus entre Bir-Hakeim et les Anglais.  
Inclus dans l'ensemble du conflit, le combat qui commence ce 27 mai à Bir-Hakeim est pour nous le seul que nous retiendrons avec ses gestes quotidiens, ses actes de bravoure individuelle et collective. 
A 8 heures du matin les premiers véhicules sont en vue, contournent la position et prennent place face (à la porte est. C'est l'« Ariete Italienne ». A 9 heures elle attaque pour se retirer à 10 heures, abandonnant 32 chars et 91 prisonniers dont un colonel, sans compter les vivres, boissons et autres ingrédients comme de l'eau de cologne que les hommes de Koenig récupèrent dans les engins blindés. Du côté français, un blessé léger. 
Le plan de Rommel, si efficace qu'ait été la riposte des Français à Bir-Hakeim, avait été mis à exécution avec succès sur le reste de la ligne.  Dans la nuit du 26 au 27, les Britanniques avaient eu fort à faire avec les divisions italiennes placées à l'ouest en diversion, et les 10 000 véhicules des D.B. allemandes.  Le 27, c'est le P.C. de la 7ème D.B. qui tombe aux mains de l'ennemi, pendant que la 7ème Moto. se replie en hâte sur Bir-el-Gobi.  L'ennemi s'est infiltré dans le « V » du dispositif et menace Bir-Hakeim par le nord.  Dès lors la position française, isolée du reste du dispositif fait figure de point d'appui encerclé, sans raison d’être apparente, mais trop important pour que Rommel puisse le laisser sans danger sur ses arrières. C'est pourquoi il lui faut réduire à tout prix la position française.  
Le 28 mai, l'aviation fait son apparition dans ce coin de désert; le malheur veut que ce soient des avions de la R.A.F. qui bombardent par mégarde la position.  Le 29, 600 Hindous, prisonniers relâchés par les Allemands, - parce que trop encombrant - viennent grossir le nombre des bouches à nourrir et à désaltérer, mais pas des combattants, faute d'armes.  Pendant ce temps le capitaine Lamaze et les sapeurs du capitaine Desmaisons s'emploient à « nettoyer les abords » de la position.  
La situation se présente bien pour la 1ère  B.F.L. Elle a tenu, elle a contrecarré les plans du général allemand.  Un convoi de ravitaillement arrive le 31 mai qui repart avec les Hindous et les malades gênants pour la poursuite de la mission.  Tout autour de la position, Amilakvari et le capitaine Messmer continuent à harceler l'ennemi, le repoussant loin des champs de mines.



Ce même jour un ordre d'opération arrive au P.C.: « Porter le maximum de forces à Rotonda-Segnali au plus vite... ». Aussitôt Kcenig fait venir ses véhicules de Bir-bu-Mafès et, sans attendre leur arrivée, envoie le Bataillon du Pacifique au rendez-vous fixé par les Anglais. Cette colonne commandée par le lieutenant-colonel Broché avance péniblement sous une violente tempête de sable, harcelée par l'aviation ennemie qui, tenace, tient le ciel pendant toute la journée. Arrivée aux confins de Chelima, elle se heurte à l'ennemi et doit rebrousser chemin.  A Bir-Hakeim tout mouvement est dès lors interdit et faute de renseignements tant sur l'adversaire que sur les intentions britanniques, on reste sur le pied de guerre.  
       Que s'était-il passé au nord ? La bataille de blindés entre Richtie et Rommel avait été très dure.  Richtie refoulé au nord du Trigh-el-Abd avait redressé une situation devenue critique grâce à l'efficacité de ses nouveaux chars du type « Grant », puis avait acculé Rommel au champ de mines.  Au sud, l'infanterie de Rommel était en difficulté à Bir-el-Harmat. « Nous étions le dos au champ de mines, sans aliments, sans eau, sans essence, sans passage pour nos convois à travers le champ de mines, Bir-Hakeim tenant toujours et nous empêchant de recevoir notre ravitaillement par le sud.  En même temps nous étions soumis à des attaques aériennes incessantes.  Vingt-quatre heures plus tard ils nous aurait fallu nous rendre ». C'est ce qu'en dira plus tard le général Bayerlein.  Pour en finir les Anglais avaient fait passer deux brigades entre les mines et les panzers pour prendre les Allemands dans un étau.  Rommel avait mis à profit ce mouvement pour faire sa jonction avec les Italiens coupant Gott-el-Oualeb du reste de la ligne comme l'était Bir-Hakeim, et rétablissant ses voies de ravitaillement. Gott-el-Oualeb s'était défendue avec acharnement, mais, sans secours, était tombée.  
       Koenig ne sait rien de tout cela. Il a bien vu quelques lueurs venant du nord, entendu de lointains grondements, c'est tout. « Etes-vous sûr que ce soit l'ennemi ? », demande-t-il lorsqu'on lui signale des troupes au nord, au sud.  Il faut se rendre à l'évidence : la 90ème  Légère est là, au sud, la « Trieste » au nord.  Les chars adverses qui s‘approchent trop essuient leurs premiers coups.  A 10 h 30, deux officiers italiens viennent en parlementaires. Devant le refus catégorique des Français ils doivent se retirer en murmurant « Grandi soldati ». Deux heures après les 105 ennemis se mettent à bombarder la position, puis l'après-midi l'aviation vient à son tour.  A l'est nos 75 repoussent une attaque d'Infanterie.  
       Le 3 juin il faut essuyer un bombardement de 105, sans pouvoir riposter, faute de moyens assez puissants.  La R.A.F. fait de son mieux pour empêcher la Luftwaffe de se manifester. Le même jour, un ultimatum de Rommel arrive demandant une reddition sans condition. Il reste sans réponse ; par contre Kcenig sait à quoi s'attendre et, prévoyant une attaque par tous les moyens dont dispose Rommel, rédige un ordre du jour mettant chacun devant son devoir.  
       A la veille de la grande explication, la situation de la 1ère B.F.L. est loin d'être enviable.  Deux litres et demi d'eau par jour, par homme; encore faut-il retenir un litre pour la cuisine.  Il faut donc sacrifier les besoins de la toilette aux besoins du gosier, en se laissant pousser la barbe. La chaleur règne pourtant, toujours implacable.  Devant l'encerclement de la position, son isolement, les Anglais tentèrent bien quelque chose, mais c'était soumettre le ravitaillement à un avenir bien incertain.  Le problème des munitions se pose aussi, car 20 000 coups de 75, c'est bien peu pour une place aussi vaste ; les 40 Bofors des fusiliers marins n'ont pas de quoi tenir longtemps contre les attaques aériennes.  Mais le moral est bon, tout le monde est décidé(à tenir.





A peine l'ultimatum a-t-il été refusé, c'est le bombardement qui commence. Qu'on se rende compte: 11h50, 18 Junkers pulvérisent le P.C. Artillerie; 12 h15, 5 bombardiers italiens ; 12h46, 12 Junkers; 13 h 30, 12 Stukas, etc. jusqu'à 20 heures. Du 2 au 11 juin, la Luftwaffe compte 1.300 sorties d'appareils à son actif rien que pour Bir-Hakeim. Comme tout est enterré, chaque bombe comme chaque obus allemand ne peuvent faire de victime que s'ils tombent dans un abri ou dans une tranchée, ce qui n‘arrive que rarement. La journée du 4 est assez semblable à la précédente, et chacun passe ses longues heures à attendre l'ennemi.  Le plus important du travail des Français pendant les journées où seules les bombes font sentir leur effet, où l'ennemi  reste assez à l'écart, se fait de nuit : de petites patrouilles où chacun s'en va avec une musette bourrée de grenades, explore les champs de mines, tous les alentours de la position qu'il « assainit » efficacement.  De cette façon les démineurs adverses ne peuvent opérer à leur guise.  
   Le 5, un nouveau parlementaire se présente à l'une des portes. Les légionnaires de garde à la porte le reçoivent comme peuvent le faire des légionnaires, aussi n'insiste-t-il pas et se contentant de lire son papier repart sans trop se faire prier.  Dès 6 heures du matin les légionnaires du 2ème Bataillon voient s'abattre sur eux une pluie d'obus de 155 et de 210.  Le bombardement dure jusqu'à 7 heures.  Dans la journée un convoi apporte 6 000 coups de 75 et repart avec les blessés de la position.  Puis l'infanterie ennemie imprudemment avancée au sud essuie un violent tir de nos batteries.  
C'est le 6 juin que la 90ème  Légère part à l’assaut de Bir-Hakeim.  
       Il est 11 heures du matin.  Les fantassins allemands arrivent jusqu'à 800 mètres de la position où ils sont stoppés.  Le soir l'assaut est arrêté définitivement.  Chaque soldat, bien protégé derrière ses sacs à terre fait mouche presque à chaque coup.  Pendant la nuit, de nouveau le travail des Allemands se fait aux abords et à l'intérieur du champ de mines.  Ils déminent, creusent de nouvelles positions de départ pour l'assaut du lendemain, pendant que les patrouilles françaises les harcèlent sans répit de leurs grenades.  Dès le lever du jour, le 7, les canons allemands bombardent la position; dès la fin du tir, c'est un nouvel assaut qui commence, rapide, puis s'effrite et meurt à quelques centaines de mètres des assiégés.
« Remarquable résistance d'une place coupée du reste du monde!... » 
       Le Sud résiste donc farouchement à toutes les attaques.  Dans la journée du 7, une forte activité se manifeste au nord, inquiète Koenig.  Plus plate, donc plus vulnérable, cette zone risque de ne pouvoir tenir comme le Sud.  L'étau décidément se resserre, se resserre toujours.  Dans la nuit du 7 au 8, pourtant, des munitions et de l'eau arrivent encore à passer jusque Bir-Hakeim A 7 h 40 l'Infanterie allemande accompagnée de chars, de mortiers et de canons de 50 s'avance vers la 1ère  B.F.L. La R.A.F. essaie par deux fois de disperser l'adversaire, mais en vain; à midi l'ennemi s'empare de l'observatoire d'Artillerie à la cote 186.  Une brèche est ouverte qu'il faut colmater à tout prix.  AussitÔt des bren-carriers, des 75, des Bofors sont rassemblés, prêts à faire un barrage de leurs feux dans cette voie d'accès.  A 13 h, 60 Junkers viennent à leur tour harceler la position.  Mais l'après-midi permet aux Français de se dégager ; pied à pied ils regagnent le terrain perdu, et le soir arrive sans que les Allemands n'aient pu déboucher.  Mais les hommes sont fatigués, exténués après cette journée qui a été la plus dure, vécue jusque-là.  
       Le lendemain n'apporte aucun répit, et désormais les défenseurs de Bir-Hakeim savent qu'ils n'ont rien à espérer de Rommel jusqu'à ce qu'ils soient tous anéantis. De 7h30 à 13 heures, l'artillerie travaille sans relâche. A 13 heures, 42 Junkers prennent la relève des batteries. Quand ils s'en vont, l'Infanterie part à l'assaut; complètement assourdis par le vacarme des bombardements, à demi-enlisés dans leurs tranchées, les hommes de Koenig ne peuvent empêcher ceux de Rommel de s'emparer de toute la première ligne de 75.  De nouveau il faut faire avancer les bren-carriers dans l'après midi pour dégager les champs de mines où l'ennemi a pénétré.  Inquiets du sort des Français, les Anglais envoient dans l'après-midi un ordre d'évacuation.  Koenig fait aussitôt parvenir son plan d'évacuation, en attirant l'attention des Anglais sur l'aide qu'il escompte d'eux: « J'insiste à nouveau pour que toutes les demandes soient satisfaites.  C'est la seule récompense que je demande pour la 1ère Brigade Française Libre. Je pense que l'Armée anglaise ne repoussera pas cette requête ». Le soir, le groupe sanitaire et la réserve d'eau sont détruits par de nouveaux bombardements.  A 21 heures, le lieutenant-colonel Broché et le capitaine de Bricourt sont tués par un obus.  Il ne reste que deux cents coups de 75 pour résister.  Dans la nuit du 9 au 10, l'étau se resserre.  Au nord l'artillerie fait donner du 105, du 220 ; à partir de 9 heures du matin le pilonnage devient continu.  A 13 heures, 130 Stukas déversent des tonnes meurtrières de bombes, endommageant une bonne partie du matériel, surtout des véhicules.  Immédiatement après le groupement Baade désigné pour l'offensive principale s'élance. La situation est gravement compromise ; les bren-carriers du IIIème  B.E. sont utilisés comme chars ou plutôt comme rouleaux-compresseurs pour repousser l'ennemi.  Ils réussissent à dégager les Nord-Africains en mauvaise posture.  Dans l'après-midi c'est au tour du capitaine Messmer d’être submergé.  La situation semble désespérée et seule une solution de désespoir peut encore sauver les Français. Aussi ce n'est qu'après qu'un tir concentré de 500 coups de mortiers de 81 et 200 coups de 60 que la tempête se calme.  A 19 h 15 le pilonnage recommence et ne s'arrête qu'une fois la nuit tombée.  
 
          NOUS avons volontairement abandonné les Anglais pour concentrer notre regard sur Bir-Hakeim et les hommes de la 1ère B.F.L. Pourtant il serait injuste de laisser entièrement sous silence tout ce qu'ils ont fait pour tenter de dégager les Français de leur fâcheuse position.  Après avoir préparé une contre-attaque qui devait écraser Rommel dans le « Chaudron », ils sont bousculés par l'ennemi qui, renseigné sur l'intention britannique, a préparé un véritable traquenard.  Les Anglais perdent quatre mille prisonniers. Aussi dès cet instant ils travaillent sans relâche pour freiner l'adversaire.  D'abord la R.A.F. qui multiplie ses raids et occupe le ciel le plus souvent possible, si bien que le maréchal Kesserlinq s'inquiète de voir ses avions abattus en grande quantité et presse Rommel d'en finir au plus vite.  Sur terre, le mérite revient aux colonnes mobiles Primerose, Daisy, Buttercup, qui harcèlent sans trêve les convois, engendrant un climat de peur et d'insécurité chez les chauffeurs allemands, opérant par coups de mains contre les bases de ravitaillement ou les petites unités isolées.  Quelquefois des opérations de petite envergure sont mises sur pied et permettent à la B.F.L. de se ressaisir en obligeant Rommel à dégarnir son front et à desserrer son étau. Ce n'est qu'à la dernière extrémité que l'ordre d'évacuation est envoyé, lorsque Rommel tient dans ses mains le sort des combattants français. C'est à ce moment précis que la victoire complète va lui échapper.  
       Plutôt que de voir ses hommes se faire. tuer jusqu'au dernier sur place, ou tomber aux mains de l'ennemi, Koenig sait qu'il n'a rien à perdre à tenter une sortie.  Bien préparée elle doit réussir.  Un ordre général détaillé est communiqué à tous dont l'essentiel peut être résumé ainsi : après la destruction systématique de tout ce qui ne peut être emporté, tous sortiront dans un ordre fixé, par la porte sud-ouest où un passage assez large aura été déminé.  Un point de regroupement est fixé.






La préparation se fait, silencieuse au début.  Mais l'incendie des véhicules, l'énervement risquent à tout instant d'éveiller les soupçons ennemis.  Koenig avait demandé de déminer un chenal de 200 mètres de large.  Seul un passage étroit est déminé lorsque à l'heure « H » il se présente à la porte du B.P./l. A 0 h 15 la 6ème  Compagnie du 2ème  B.L.G. se présente la première dans une incroyable confusion.  Aussitôt alerté l'ennemi se met à éclairer le secteur.  Le 2ème B.L.E., le Bataillon du Pacifique arrivent à sortir par l'étroit passage sous le feu d'une mitrailleuse allemande.  Dès Ia sortie du couloir, une seconde mitrailleuse se dévoile et crache un feu nourri de balles traçantes qui épouvantent les Tahitiens.  La confusion est totale, les véhicules s'arrêtent, hésitant à passer sous ce feu.  Aussi le général Koenig donne l'ordre de sortir entre les deux marais de mines.  Dès lors il ne s'agit que de bravoure individuelle.  Il faut que quelques-uns se dévouent pour passer les premiers pour faire sauter les mines jusqu'à ce qu'un couloir soit créé.  Un aspirant, Bellec, fonce avec un véhicule et saute le premier.  Sorti indemne, il revient sur ses pas, prend un second véhicule, s'élance de nouveau et saute encore.  Amilakvari saute à son tour; puis Lamaze rassemble ses bren-carriers, les fait placer côte à côte.  A sa suite tous s'élancent, bousculant, écrasant tout sur leur passage.  Rien ne devait résister.  Le lieutenant Dewey en particulier traverse une première ligne allemande, bondit par-dessus une tranchée, écrasant les servants terrorisés d'une mitrailleuse, franchit et écrase une troisième ligne avant de s'arrêter mort au volant de son engin.  Le pilote de Koenig est une femme, Miss Travers, la seule femme de Bir-Hakeim.  L'Anglaise fonce tout droit, à la suite des bren-carriers.  Quelques conducteurs plus courageux foncent à leur tour, entraînant chaque fois une vague de quinze ou vingt véhicules. Les pneus, les radiateurs, les pare-brise, tout arrive percé; mais tant qu'on peut rouler, tant que le véhicule peut encore écraser ce qu'il y a devant, on continue. Les soldats allemands blottis dans leurs tranchées voient déferler tous ces monstres au-dessus de leur tête.  Le capitaine Puchois emporte avant de partir un gros stock de grenades qu'il distribue à droite et à gauche aux soldats ennemis. De Lamaze et Bricogne foncent à l'assaut d'un nid de mitrailleuses, lancent les grenades par poignées avant de se faire tuer.  Mais les mitrailleuses se taisent elles aussi.  Le commandant Savey est grièvement blessé, emmené puis tué net par un obus de 50 qui l'atteint directement.  L'adjudant Maillet sort avec deux camions bondés de tirailleurs  de l'Oubangui et ramasse en route tout ce qu'il trouve : un Bofors, une section de fusiliers, puis une cinquantaine d'hommes recueillis çà et là...
 
Au petit matin les ambulances de la 7' Brigade britannique poursuivent pendant des heures un incessant va et vient.  En prenant contact avec la patrouille britannique « jolycol » à 7 heures du matin, le commandant Masson est pessimiste.  Combien restent-ils ? Toute la matinée le flot des rescapés ne diminue pas.  A midi on apprend que Koenig et Amilakvari se sont perdus dans la nuit, sont tombés sur une unité ennemie et se sont échappés de justesse pour parvenir à Gasr-el-Abid au sud-est de Gambut.  A 20 h 30 arrive le dernier groupe.  Sur 3 500 hommes qui ont effectué la sortie, il y a 3 000 su-vivants.  Il y avait 129 tués, 190 blessés.

  Extrait de la plaquette éditée à l'occasion du triomphe de la promotion Bir-Hakeim (juillet 1963)







 
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