Le chaos au Moyen-Orient - Bir-Hakeim

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Le chaos au Moyen-Orient

MEDIATHEQUE
Envoi de Pierre Jacquet (Vercors)
La grande peur des Sunnites



Mondovision de Pierre Haski


Le 25 mars 2015 restera dans l'histoire comme le jour où le Moyen-Orient s'est enfoncé dans un chaos croissant. C'est le jour où l'Arabie saoudite a lancé son aviation contre le Yémen et formé une vaste coalition sunnite allant du Maroc au Pakistan, soutenue par les Etats-Unis et la France, destinée à stopper l'avance d'un mouvement soupçonné d'être le vecteur de l'influence iranienne, et donc chiite, dans cette partie du monde arabe. Ce ne sont pas moins de quatre guerres et des dizaines d'autres foyers de violence qui embrasent désormais cette partie du monde, avec des alliances à géométrie variable qui donnent le vertige à quiconque tente d'y trouver une cohérence globale. Ainsi, les Etats-Unis soutiennent l'Arabie saoudite contre l'Iran dans ce nouveau front au Yémen, mais se retrouvent, de facto, aux côtés de Téhéran pour défendre le nouvoir à majorité chiite en Irak, et tentent désespérément d'obtenir de l'Iran un accord sur le nucléaire qui changerait la donne géopolitique. On pourrait en dire autant de l'Egypte du maréchal Sissi, qui s'engage résolument auprès d'un président yéménite en fuite, allié aux Frères musulmans locaux, alors qu'elle les pourchasse sans merci chez elle. Cette soudaine mobilisation guerrière a de quoi surprendre et inquiéter. Voilà des pays qui sont restés passifs et indifférents tandis que les Syriens se faisaient massacrer par le régime Assad, qui ont quelques décennies d'impuissance et d'échecs sur le dossier palestinien, qui ont fermé les yeux sur le financement occulte des groupes djihadistes par certains d'entre eux et qui, soudain, font preuve sur le dossier yéménite d'une détermination qu'on ne soupçonnait pas. La guerre a démarré en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et la Ligue arabe, dont on avait presque oublié l'existence, a pu réunir en trois jours un sommet à Charm el-Cheikh (Egypte) pour parler d'une seule voix.

L'Arabie saoudite a lancé son aviation contre le Yémen
afin de stopper l'avance d'un mouvement soupçonné
d'être le vecteur de l'influence iranienne.

C'est que l'heure est grave. Le monde sunnite entend les échos des vantardises de Téhéran, qui revendique le « contrôle » de quatre capitales arabes Damas, Bagdad, Beyrouth et, depuis septembre 2014; Sanaa, la capitale du Yémen, tombée aux mains des rebelles houthistes, une branche dérivée du chiisme. Lorsque ces derniers ont entamé leur marche vers Aden, la grande métropole sunnite du Yémen du Sud, où s'était réfugié le président Abd Rabbo Mansour Hadi, le nouveau souverain saoudien, Salmane, et surtout son ministre de la Défense, le jeune prince Mohammed Ben Salmane al-Saoud, se sont sentis directement menacés. La grille de lecture sunnite-chiite de cette poussée de fièvre est incontournable, mais elle se révèle en même temps insuffisante. Elle fait fi de la complexité des situations locales et d'autres forces à l'oeuvre, politiques ou sociales. D'autant que, dans ce chaos, les groupes djihadistes, Al-Qaida mais aussi depuis peu l'État islamique, sont en embuscade et y trouvent recrues et légitimité. Le Yémen, le pays le plus pauvre du monde arabe, était l'un des plus touchés par la vague révolutionnaire de 2011, et a parfois semblé sur le point de réussir sa transition post-autoritaire. Il est aujourd'hui plongé dans un conflit sectaire, menacé par les ravages d'une guerre régionale, les pulsion séparatistes et la surenchère djihadiste. Rien ne semble pouvoir arrêter l'engrenage d'une confrontation qui dépasse de beaucoup le cadre étroit d'un pays connu dans l'Antiquité sous le nom d'« Arabie Heureuse »... Qu'il paraît loin, le printemps des peuples arabes !


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