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Le symbole des ministres

MEDIATHEQUE
Envoi de  Claude Wolf et de Philippe Chatenoud
L'essayiste Philippe Bilger réfute le racisme qui inspirerait les réactions négatives à l'encontre de la ministre de l'Éducation nationale, et également de la garde des Sceaux.
Chaque semaine, Philippe Bilger prend la parole, en toute liberté, dans FigaroVox. Il est magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole. Il tient le blog Justice au singulieret est l'auteur de Ordre et désordres paru aux Éditions Le Passeur en avril 2015.




On ne remplace pas impunément des ministres par des symboles parce que, tôt ou tard, la réalité se venge.

Le pouvoir est responsable et coupable d'avoir choisi Christiane Taubira comme garde des Sceaux et d'avoir confié à Najat Vallaud-Belkacem la charge infiniment délicate de l'Éducation nationale. De maintenir, contre vents, marées et contestations, la première et de soutenir, contre toute logique, la seconde qui propose une réforme du collège discutée par une majorité, toutes tendances politiques et intellectuelles confondues. Et vantée par un chiche clientélisme fustigeant «un élitisme conservateur»!

On ne remplace pas impunément des ministres par des symboles parce que, tôt ou tard, la réalité se venge.
Ce n'est pas par hasard que je réunis ces deux personnalités sous un même pavillon. Nicolas Sarkozy a eu raison de les associer en soulignant que, pour le pire, la Rue de Grenelle avait pris la relève de la Place Vendôme. Christiane Taubira elle-même, dans un tweet de solidarité compassionnelle, s'unissait à sa jeune collègue comme si toutes deux n'avaient pour point commun que d'être victimes, et non pas d'avoir été honorées par la République et le socialisme.
Reste qu'il n'est pas inutile de se pencher sur ces controverses récentes qui permettent à Jean-Christophe Cambadélis à nouveau de se singulariser dans l'approche partisane, pour ne pas dire inepte. Najat Vallaud-Belkacem serait la cible d'attaques parce qu'elle se nomme Belkacem et donc le racisme inspirerait les réactions négatives de fond et de forme qui accablent la mouture absurde et jargonnesque du Conseil supérieur des programmes -son président vient d'ailleurs d'affirmer que notre histoire comme «roman national» n'a pas sa prédilection, ce qui signifie beaucoup sur sa conception de l'enseignement.

Cette vision simpliste de socialistes acculés n'a pas un soupçon de crédibilité. Pourtant, force est d'admettre que Najat Vallaud-Belkacem subit une fronde d'une intensité et d'une pertinence rarement égalées et que Christiane Taubira est en butte depuis sa nomination à une opposition chronique, sérieuse et fondée. Pourquoi ces deux femmes sont-elles ainsi vilipendées? Parce que l'une serait noire et l'autre d'origine marocaine? Cette facilité d'estrade et de congrès n'a rien à voir avec ce que l'analyse constate.

L'idéologie péremptoire de Mme Taubira et l'amateurisme souriant et buté de Mme Vallaud-Belkacem se trouvent à la source de ce qui peut apparaître comme un procès en illégitimité.
Mais d'où provient cette impression que l'une et l'autre seraient illégitimes dans un registre certes différent? Non pas parce qu'elles seraient femmes. Mais d'abord parce que le pouvoir, en s'attachant à la mission de leur sauvegarde, manifeste à quel point il les traite sur un mode discriminatoire. Pour les célébrer, en définitive il les réduit. Les ministres qu'on tient à bout d'esprit et de partialité sont dans tous les cas condamnés. On ne peut pas désespérer Boulogne et Billancourt en même temps!

Il y a de la condescendance dans son sourire permanent et sa fausse sérénité. La certitude d'être intouchable renforce son entêtementEnsuite, la ministre de l'Éducation nationale ne rassure et n'éblouit pas par sa compétence et sa densité intellectuelle. De ce fait, elle méprise ceux qui évidemment la dépassent de cent coudées et qu'elle devrait avoir l'élégance de considérer avec respect et modestie. Ces pseudo-intellectuels qu'elle a dénoncés lui renvoient en pleine face l'inanité de ce qu'elle projette et qu'elle s'acharne à défendre en dépit de conseils, d'inquiétudes et d'avertissements qui ont cette particularité d'émaner de tous bords, pour ne mentionner que ceux de Jean-Marc Ayrault, de Jack Lang, de Pierre Nora, de François Bayrou ou d'Alain Finkielkraut. Ce n'est donc pas parce que notre ministre de l'Éducation nationale s'appelle Belkacem qu'elle est quotidiennement décriée. Mais à cause d'une arrogance à la mesure d'une légèreté de savoir et d'expérience.
Le racisme n'est pour rien, avec son odieux visage, dans ces joutes qui mettent à mal l'image et le statut de ces deux ministres. Ce n'est pas la première fois, certes, gauche et droite confondues, qu'un ministre est inférieur à sa fonction et qu'on s'interroge sur la capacité de tel ou telle. Je regrette que le président de la République en ait été réduit à dénigrer des «intérêts particuliers» qui seraient offensés par cette calamiteuse réforme du collège. Il a aggravé, en appelant l'ensemble du gouvernement à la défendre, cette déplorable autarcie d'un pouvoir qui s'imagine que le courage est de résister à l'évidence et la constance de persévérer dans l'erreur.

Derrière ce projet, plutôt la descente pour tous qu'une élévation qui profiterait aux meilleurs, plutôt un enseignement appauvri et étique qu'un enrichissement jouant de toutes les gammes de la culture. Quel paradoxal et funeste comportement que celui d'un président de la République qui ne prétendait qu'au rassemblement et déchire même son propre camp. Et cela au détriment de notre avenir.

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