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Libres propos

MEDIATHEQUE
Envoi de Pierre Jacquet (Vercors)
Libres propos: Demain…

Par Bernard MESSANA…

Lors des campagnes présidentielles, les candidats brandissent hardiment des programmes censés traduire leur ambition pour la France. M. Hollande l’avait fait de façon très solennelle en 2012, en prenant 60 engagements. Et vous aviez alors noté qu’il fallait attendre le soixantième et dernier engagement pour découvrir ce que le candidat à la présidence promettait pour la Défense et les Armées.

De même, vous vous êtes certainement aperçus que les plans qu’avait présentés notre ex-grand argentier, M. Cahuzac, pour mettre en harmonie notre futur modèle d’Armée avec nos ambitions, elles-mêmes accordées à nos ressources, étaient identifiés par les lettres Y et Z, les deux dernières de l’alphabet

Le soldat devrait-il donc prendre ombrage de cette sorte de dédain affiché pour la Défense, toujours bon dernier des soucis de nos dirigeants ? Ou bien, consolation amère, recourir à la dérision en expliquant sans rire qu’il est sage de ne parler des Armées qu’en dernier, car elles sont l’aboutissement, le couronnement du Tout. Et que les plans les concernant doivent absolument être élaborés in fine, car les Armées sont bien ce qui demeure, hauts les fronts et hauts les cœurs, quand tout le reste est passé, ou s’est effondré.
Effondré? Le terme apparaît impropre pour qualifier aujourd’hui une courbe du chômage qui, bien au contraire, ne cesse de s’élever. Impropre encore pour décrire une dette dont le montant s’obstine à croître. Quant à la croissance auquel un impétueux Ministre du redressement productif se consacrait, elle n’est tout simplement pas là. Seule s’effondre véritablement, et vertigineusement, la courbe de confiance du Président.

Alors, dans le grand marasme moral qui touche désormais le Politique, après le gouffre financier, le déclin économique, et le malaise social, on cherche désespérément quelque chose qui résiste à la désespérance, quelque chose qui puisse nous procurer un simple moment de répit.
Et les observateurs, médusés, découvrent que c’est « la France en guerre » qui nous apporte cet instant de paix. Car ce sont bien nos soldats partis, vite, forts, et loin, qui font acclamer la France.

Ils ont gagné au Mali ces batailles que le Président leur a ordonné de livrer. Et, pour ne pas faire d’ombre au politique triomphant, ils ont même eu l’élégance et la discrétion de gagner presque sans bruit, presque sans images, sauf quelques-unes choisies pour leur qualité artistique. Là-bas au Mali découvre-t’on, tout n’est qu’Ordre- strict-, et Beauté–cruelle-, avec des morts tout de même, auxquels on sait désormais rendre un hommage devenu rituel.

« Va ! » dit-on au Soldat, et il va. « Sachons vaincre, ou sachons mourir… ». Mais voilà, il est bien seul à aller, le Soldat. Ailleurs, ça ne va pas. Ailleurs, c’est la Cité, et le soldat n’y entre pas es qualités, sauf sur réquisition. Il est lui, en Opex « loin de chez nous », ou bien sur les remparts, ou encore aux portes de la Cité, dans les guérites.

Mais il entend dans cette Cité la rumeur qui gronde. Que dit-elle ? Que le changement, ce n’est vraiment pas pour maintenant. Se souvenant alors du programme du Président, il réalise que ces phrases chargées d’espoir qui étaient hier martelées, sont aujourd’hui cruellement démenties par les faits. La France, face aux « marchés », n’est toujours pas souveraine. Et tous ces acteurs sociaux que le Président conviait à l’œuvre du changement se révèlent inopérants. Tous, sauf ceux que justement le Président ne citait pas nommément, les soldats, qui, eux, lui offrent le cortège triomphal de Tombouctou.
Dès lors ne faudrait-il pas manifester à ces Armées, de façon concrète, ce « respect des citoyens » et cette « considération de la Nation » qu’elles savent si bien mériter par les succès qu’elles remportent ? Mais aussi par la discipline, le loyalisme, et l’esprit de sacrifice dont elles témoignent. Qui a vu des soldats manifestant dans la rue ? Personne ! Alors qu’il est fréquent d’y rencontrer des fonctionnaires, des enseignants, parfois des policiers. Certains ont même, dit-on, un jour rencontré des gendarmes !

Mais les Armées, bien sûr, n’ont pas le droit de grève, et un devoir de réserve aux contours imprécis sait dissuader les plus légitimes des contestations. Et cela est nécessaire. Cela est nécessaire, car le soldat s’affirme ainsi, au quotidien, comme celui qui sert son Pays, sans rien exiger en contrepartie. Et parce qu’il est, dans le danger, le dernier recours.

Et la France est en danger.

La « Crise » a frappé, l’avenir reste sombre, et certains laissent même entendre que notre situation ressemblerait à celle des années 30. Alors, dans le marasme général, des citoyens, déboussolés, titubent. Ils s’insurgent, ou ricanent, mais ne participent plus. Il leur semble voir partout s’affirmer des périls nouveaux, communautarisme agressif, Islam prosélyte, susceptibles de mutiler leur identité ; ou encore ce « mariage des homosexuels » qui pourrait les faire entrer, contre leur gré, dans le grand capharnaüm de la confusion des genres.

Les citoyens ont même le sentiment que les gouvernants masquent par des opérations de diversion leur impuissance à régler les vrais problèmes de notre société. Ils imposent en effet, se drapant dans une posture parfaitement thatchérienne, des mesures inspirées par une idéologie de « lutte finale » imbibée d’un laïcisme agressif.
Ils parlent de « choc de la simplification » tout en multipliant règles, contrôles, « hautes » autorités. Ils parlent de « choc de la moralisation » en déballant des patrimoines dont le citoyen n’a que faire, lui qui simplement leur demande d’être honnêtes, et compétents. Alors la colère gronde, et le rejet du « politique » s’installe.

Comment respecter un « « politique » qui s’illustre, entre autres, par un candidat à la Présidence obsédé sexuel, un ministre du budget fraudeur et menteur, un président de la République accusé de suborner les vieilles rentières ? « Tous pourris ! » clame le citoyen bafoué, et l’on sent le désir de violence, comme un recours ultime, envahir les esprits. Et demain la rue. La Gauche s’est acharnée à détricoter ce que la Droite avait fait, la Droite promet de balayer demain l’œuvre encore balbutiante de la Gauche.

Deux France s’affrontent, et la France va couler.

Et voilà que dans ce climat délétère où seules nos Armées, « honnêtes et fidèles », apparaissaient comme la force tranquille, le pilier garant de la solidité de l’édifice, la Nation unie, la France qui gagne des batailles, on s’apprêterait à tailler dans la masse de ce grand Corps.

Parce qu’il est muet.

Parce que c’est donc facile. Pourtant, depuis 2008 où avaient été redéfinies les menaces et redessinés nos formats, rien n’a changé, hormis les conditions budgétaires. C’est donc à ces « conditions » que le politique entend accorder ses ambitions, ce qui revient à les perdre. C’est donc à ces « conditions » que le politique entend soumettre la Défense, pour trouver cet argent ailleurs dilapidé.
Faudra t-il donc que les chefs d’Etat-major , corde au cou, aillent ensemble à l’Elysée pour répéter une dernière fois que le plancher est atteint, et qu’aller plus loin conduira la France à perdre son rang?
Qu’aller plus loin la conduira à perdre son indépendance. Baisser la garde sous le prétexte douteux de faire contribuer les Armées à un effort qu’elle a, seule dans ce cas, déjà accompli rubis sur l’ongle, alors que les périls se multiplient et que la France est malade, est insane.

Demain des contingents étrangers viendront sur notre sol pour protéger leurs ressortissants et leurs possessions menacées.

Demain nous ne pourrons plus secourir, à l’étranger, nos ressortissants menacés.

Demain notre Armée bonzaï, Armée d’échantillons, ne servira plus que d’étique troupe de manoeuvre aux entreprises onusiennes ou otaniennes.

Demain, lassé d’espérer, le soldat ira à son tour dans la rue, pour défendre le « service public » de Défense dont il a la charge.

Demain…
Sauf si un politique retrouvait le courage, et l’honneur.
Faisant ainsi mentir cet expert en la matière, M. de Villepin qui affirmait « Vous savez, les politiques, (…), ce sont des militaires, le courage et l’honneur en moins. » (1)

Bernard MESSANA

COMMENTAIRE

foxyform
MENARD Serge 1/2
Voilà un texte qui, hélas, n'a pas pris une ride ! Quel dommage que sa diffusion ne dépasse pas le cadre des gens convaincus...
16/12/2014

 
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