Massacre du Bardo - Bir-Hakeim

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Massacre du Bardo

MEDIATHEQUE
Envoi de Hervé de Sain-Albin
Massacre du Bardo: 
une conséquence du démantèlement de l'appareil sécuritaire tunisien

Pour corriger les sources moins bien informées.
 L'Afrique Réelle <contact@bernard-lugan.com>


Disons-le clairement: les premiers responsables du sanglant attentat du musée du Bardo sont ceux qui déclenchèrent la "révolution du jasmin"[1] et qui démantelèrent l'appareil sécuritaire tunisien patiemment mis en place par le régime Ben Ali.
Dans ces conditions, quoi d'étonnant à ce que la Tunisie soit incapable de faire face aux terribles attentats qui la meurtrissent? D'autant plus que le pays fournit aujourd'hui le plus important contingent de jihadistes étrangers combattant en Syrie, en Irak et en Libye. En Algérie, lors de l'attaque du site d'in Amenas au mois de janvier 2013, le commando comportait une douzaine de Tunisiens et ces derniers forment le noyau de l'Etat islamique en Libye[2]. En Tunisie même, depuis 2012, les islamistes tiennent le maquis dans la région des monts Chaambi.
A défaut du retour à un pouvoir fort, comme en Egypte, la Tunisie va continuer à traverser des jours difficiles avec un effondrement économique accéléré, un secteur touristique à l'agonie, une ruine générale, des menaces terroristes tant à l'intérieur que sur la frontière avec la Libye et l'amplification de l'émigration.

Ceux qui déclenchèrent la "révolution de jasmin" et ceux qui, notamment en France, la portèrent aux nues avec un rare aveuglement, ont une grande responsabilité dans ce désastre. Le plus grave et le plus désolant est que le drame tunisien n'aura rien appris à la caste politico-médiatique française puisque ses représentants réclament toujours, et à grands cris, le départ du président syrien...

Comment la Tunisie en est-elle arrivée à cette situation ?

En 1987 la Tunisie était au bord de l'explosion quand elle fut sauvée du désastre par le général Ben Ali. Sous sa ferme direction, la subversion islamiste fut jugulée et les maquis apparus entre 2006 et 2007 liquidés.
Dois-je rappeler à ce propos les protestations de la gauche française? Quant au Monde et à Libération, ils consacrèrent alors des pages entières à dénoncer la "répression" du régime, sapant jour après jour sa crédibilité aux yeux de l'opinion française. 

Avec une obstination rare, les chefs d'orchestre de la bien-pensance hexagonale refusèrent de voir que sous l'efficace direction de son président, la Tunisie était devenue un pays moderne dont la crédibilité permettait un accès au marché financier international. Attirant capitaux et industries, le pays avait à ce point progressé que 80% des Tunisiens étaient devenus propriétaires de leur logement. 
Ce pôle de stabilité et de tolérance dans un univers musulman souvent chaotique voyait venir à lui des millions de touristes recherchant un exotisme tempéré par une grande modernité. Des milliers de patients venaient s’y faire opérer à des coûts inférieurs et pour une même qualité de soins qu’en Europe. Dans ce pays qui consacrait plus de 8% de son PIB à l’éducation, la jeunesse était scolarisée à 100%, le taux d’alphabétisation était de plus de 75%, les femmes étaient libres et ne portaient pas le voile ; quant à la démographie, avec un taux de croissance de 1,02%, elle avait atteint un quasi niveau européen. 20% du PIB national était investi dans le social et plus de 90% de la population bénéficiait d’une couverture médicale. Autant de réussites uniques dans le monde arabo-musulman, réussites d’autant plus remarquables qu’à la différence de l’Algérie et de la Libye, ses deux voisines, la Tunisie ne dispose que de faibles ressources naturelles.

En dépit de ces résultats, les Tunisiens décidèrent de s'offrir le luxe d’une révolution. Cette dernière fut portée aux nues par les gogos européens qui n'eurent pas assez de superlatifs pour louer la "maturité" de ses acteurs et leurs "leçons démocratiques"... .


L'euphorie fut cependant de courte durée et cela pour deux grandes raisons :

1) Dans les mosquées, les prêches radicaux interdits par Ben Ali reprirent, visant directement le Code de statut personnel (CSP), ce statut des femmes unique dans le monde musulman. Imposé par Bourguiba en 1956, puis renforcé par Ben Ali en 1993, il fait des femmes tunisiennes les totales égales des hommes.

Une fois arrivés au pouvoir grâce aux "idiots utiles" qui avaient déclenché la "révolution du jasmin", les islamistes voulurent faire adopter une constitution ayant la charia comme source unique du droit afin d'imposer une totale islamisation de la société. Dans l'immédiat, ils exigèrent la séparation des sexes, notamment à l'université où, selon eux, les professeurs devaient obligatoirement enseigner à des auditoires de même sexe; en cas d’impossibilité, un paravent devait être tendu entre un professeur femme et ses étudiants masculins. La question du rétablissement de la polygamie fut également au coeur des revendications ainsi que celle de l’excision clitoridienne, mutilation d’origine orientale n’ayant pourtant jamais eu cours en Tunisie…

Le Monde, Libération, ainsi que le suiviste Figaro s'étranglèrent alors avant de perdre leurs points de repère. Quant aux naïfs "démocrates" tunisiens, ils découvrirent, mais un peu tard, qu'ils avaient servi de "cheval de Troie" au plus total terrorisme obscurantisme illustré par les propos parfumés au jasmin du doux démocrate Sadok Chourou, député du parti islamiste gouvernemental Ennahda demandant que les mécréants « soient punis de mort, par crucifixion, démembrement ou bannissement, car ils sont les ennemis de Dieu et de son Prophète» ?

2) Les "démocrates révolutionnaires" constatèrent que la situation de la Tunisie ne s'était pas améliorée, que la corruption n’avait pas disparu, que les 490 000 chômeurs de 2010 étaient devenus 1 000 000 et qu'un Tunisien sur quatre vit désormais dans la plus grande précarité. De plus, dans la vie de tous les jours, tout s'est détérioré et les services publics ne remplissent plus leur mission. Quant à l’insécurité, elle a explosé. Rien de plus normal puisque l'appareil sécuritaire a été démantelé comme je l'ai écrit plus haut.

Une situation à suivre.

Bernard Lugan

21/03/2015


[1] Voir mes communiqués en date du 25 janvier 2012 et du 11 décembre 2012.

[2] Pour mémoire, dans les années 1980, les Tunisiens étaient déjà nombreux en Afghanistan et ce furent des Tunisiens qui assassinèrent le commandant Massoud


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