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Mémoire et Honneur

MEDIATHEQUE
Envoi de Pierre Pottier - Vercors
Mémoire et Honneur

Posté le lundi 16 mars 2015



Le général (2S) Pierre Zammit


Officier général du cadre de réserve, j'ai quitté le service actif en 2004 et me suis retiré à Toulouse (Balma plus exactement). Bien que n'exerçant plus d'activité professionnelle à temps plein, mes semaines défilent à vitesse grand"V". Ma carrière s'est "classiquement" partagée entre l'opérationnel et les états-majors, avec quelques tendances fortes :
- plusieurs années passées dans les troupes aéroportées, dont le commandement d'un régiment parachutiste ;
- la conduite d'études technico-opérationnelles dans domaine de la logistique et de la gestion de flux avec, entre autres, la direction d'un centre dévolu à cette activité ;
- des missions hors métropole : missions de présence en Polynésie et en Afrique ; missions opérationnelles en Afrique, au Moyen-orient (Liban/Beyrouth) et dans les Balkans.
Ces diverses expériences, dont certaines en international, m'ont conduit à m'intéresser aux questions touchant à l'organisation, à la conception de systèmes d'information et de commandement et enfin à la gestion de situations de crise.
Aujourd'hui, je suis collaborateur d'une société qui prépare à des concours et examens divers ( http://www.excelys-formation.com/), dans les domaines de la culture générale (grands problèmes de société, géopolitique…), méthodologie, synthèses, quelques articles… Le télétravail me convient très bien. Président de la Fédération Nationale d'Entraide Parachutiste, je consacre une partie de mon temps à cette association ( http://www.entraideparachutiste.fr/ ) qui aide anciens et jeunes compagnons d'armes que la vie a plus ou moins durement bousculés ainsi que leurs familles.








Chers amis,
Les déclarations du Premier ministre et du porte-parole du gouvernement de ce week-end (Figaro du 15 mars), tous deux en campagne électorale, m’ont conduit à écrire un article intitulé « Mémoire et honneur »que j’ai demandé à l’Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF) dont je suis membre de publier sur son site : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-memoire-et-honneur.html. Pour en faciliter la lecture, j’ai joint le texte en PDF à ce courriel.
Pourquoi avoir choisi l’ASAF ? Parce que comme son nom l’indique, sa seule vocation est le soutien à l’armée française : soutien à son action aujourd’hui, défense de son honneur et de l’honneur de ses soldats d’hier et d’aujourd’hui. C’est une association loi 1901, « indépendante de tout pouvoir, sans aucun caractère politique ou syndical, ne recevant aucune subvention, qui s’exprime en toute liberté, avec rigueur et sans polémique, dans le seul souci de l’intérêt supérieur du pays. » (Statuts).
Mes amis civils m’ont parfois demandé pourquoi je ne m’associais jamais à la célébration de l’anniversaire du 19 mars 1962. Dans la première partie de cet article, ils en trouveront les raisons exprimées de façon synthétique. Qu’en novembre 2012, cette date ait été inscrite par la loi au calendrier des commémorations nationales n’y change rien. D’autres ont fait remarquer avant moi que ce n’est pas à la loi de dire l’Histoire. Quand elle le fait, il arrive souvent qu’elle se trompe et sème la discorde dans la Nation. Cette année donc, comme les autres années, comme les prochaines années, je ne participerai pas à la commémoration de cette date. J’aurai cependant une pensée particulière pour les milliers de victimes civils et harkis assassinés après le 19 mars.
Pierre ZAMMIT






Sans engager la polémique, le général Pierre Zammit souligne ici la réalité de faits et de valeurs que l’ASAF a déjà rappelés à maintes reprises mais que certains voudraient chasser à tout jamais de notre mémoire collective et de nos principes moraux.

Commentant la décision du maire de Béziers de débaptiser une rue du 19 mars 1962 et de lui donner le nom de commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, le Premier ministre en campagne électorale a déclaré le 14 mars : "la nostalgie de l'Algérie française n'apporte rien de bon… Le FN n'aime pas la France, c'est rance, c'est triste". Pourtant, il ne s'agit pas plus de FN, que de nostalgie l'Algérie française. C'est autre chose dont il s'agit. Il s'agit de se souvenir de morts français et d'honorer un grand soldat.

Depuis 2003 (décret n° 2003-925 du 26 septembre 2003), l'Etat français a retenu le 5 décembre pour commémorer "l'hommage aux morts pour la France durant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie". Ce choix fut le résultat d'une longue concertation avec les associations d'Anciens combattants et de Français rapatriés qui ont toutes, à deux exceptions près (FNACA et ARAC), rejeté la date du 19 mars 1962. Cette décision a été confirmée par la loi sur les rapatriés (loi n°2005-158 du 23 février 2005).Pourquoi ce rejet de la date du 19 mars ?
Le 19 mars 1962 est la date d'un cessez-le-feu respecté uniquement et unilatéralement par l'armée française mais jamais respecté par le Front de Libération Nationale algérien. Après le 19 mars, en quelques mois, il y eut des milliers de civils Français d'Algérie, de harkis désarmés avec leurs familles qui furent assassinés, enlevés et jamais retrouvés. Ils étaient seulement coupables d'avoir aimé et choisi la France.
La loi de novembre 2012 faisant du 19 mars 1962 une commémoration nationale ne change rien à cette histoire factuelle, à ce douloureux moment de notre histoire nationale. Elle trahit la mémoire de ces milliers de victimes.

Quant au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, une ville ne peut que s'honorer d'avoir une rue qui porte son nom. Résistant à vingt ans, déporté à Buchenwald, officier parachutiste de la Légion étrangère, prestigieux combattant d'Indochine et d'Algérie, le commandant de Saint Marc s'était rallié en avril 1961 au putsch des généraux contre la politique du général de Gaulle pour ne pas renier la parole donnée, disant avoir "préféré le crime de l'illégalité à celui de l'inhumanité"
Jugé, emprisonné, libéré en 1966, réhabilité en 1978, il fut élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d'honneur dans la cour d'honneur des Invalides en 2011 par le président de la République : "nul ne saura si l’accolade du chef des armées représentait le pardon du pays à l’un de ses grands soldats ou bien la demande de pardon de la République pour avoir tant exigé de ses soldats à l’époque de l’Algérie. Le pardon, par sa puissance, par son exemple et surtout par son mystère, fera le reste de la cérémonie !….Aujourd’hui, vous nous laissez l’exemple d’un soldat qui eut le courage, à la fois fou et réfléchi, de tout sacrifier dans un acte de désespoir pour sauver son honneur !" dira en août 2013 le général d'armée Dary dans le poignant éloge funèbre de ce grand soldat, homme d'honneur s'il en est.
Voilà pourquoi, aux mots "nostalgie" et "rance", j'oppose "mémoire" et "honneur"
Le 15 mars 2015
Pierre ZAMMIT, Officier général (2S.)

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