Où vont la défense et les armées ? - Bir-Hakeim

Aller au contenu

Menu principal :

Où vont la défense et les armées ?

MEDIATHEQUE

Où vont la défense et les armées ?


éditorial
(Envoi de Philippe CHATENOUD)





Ci joint une remarquable étude du Groupe des Généraux en 2ème Section.(G2S),qui rejoint les cris d'alarme lancés par les sentinelles de l'Agora.
Contrairement aux réserves sur sa diffusion qu'émet le Général FAUGERE, j'estime que cette analyse lucide et ce constat alarmant méritent d'être portés à la connaissance des citoyens responsables....
Plus nombreux ils seront à être informés,plus nous aurons de chances que les responsables de cette situation alarmante en prennent enfin conscience.






La présente Lettre du G2S revêt une nature particulière. A l’origine, elle avait pour ambition de constituer le 8ème dossier destiné en priorité aux élus des deux commissions parlementaires qui traitent des questions de défense et des forces armées. Sa divulgation prématurée en janvier dernier (via le blog de la Saint-Cyrienne) – alors que le dossier n’avait pas encore pris sa forme définitive – a suscité certaines réserves chez ceux qui en avaient eu ainsi connaissance, qu’ils soient officiers de l’administration centrale en activité ou membres de cabinets, voire même anciens chefs militaires en 2ème section.

L’agacement apparent de ces élites et leur incompréhension des mobiles qui ont suscité la réflexion du G2S ne justifient pas, à mon sens, de la passer sous silence ou de renoncer à sa publication, car, ce qui est en jeu n’est rien moins que l’existence et le fondement d’une armée nationale.

Les motivations du G2S sont simples. Elles sont exemptes de toute considération d’ordre politique et il ne s’agit pas de dénoncer les mesures prises par tel ou tel gouvernement. L’intention est exclusivement d’en analyser les causes, la portée et les conséquences. L’observation lucide et objective – c’est du moins notre volonté – des réformes ininterrompues qui s’abattent sur les armées depuis vingt ans ne peuvent laisser indifférents des chefs militaires qui ont pensé la finalité de leur mission pendant plus de quarante ans. L’état des forces armées d’aujourd’hui, et principalement celui de l’armée de terre, la plus affectée par le vent de réformes, suscite légitimement des interrogations sur l’avenir.

A quoi assistons-nous depuis la chute du Mur de Berlin, au sein de ces nations européennes qui ne veulent plus croire à l’éventualité d’une guerre en Europe alors même que l’actualité aux marches de la Russie nous rappelle sa cruelle réalité ? Nous les voyons procéder à des réformes essentiellement structurelles et organisationnelles, en l’absence de toute réflexion de nature politique, stratégique et culturelle. Autrement dit, le champ intellectuel a été délaissé au profit de l’exercice comptable. Il a été délaissé, en premier lieu, par les chefs militaires qui demeurent pourtant les mieux formés à penser l’avenir des armées et qui devraient en conséquence être les inspirateurs et les concepteurs de toutes les réformes qui nous sont aujourd’hui imposées de l’extérieur. Partant, on aménage l’outil militaire au gré de nos capacités économiques et budgétaires défaillantes. Le terme d’outil militaire est ici employé à dessein bien qu’il soit foncièrement réducteur de ce que doit être l’institution militaire, car il illustre parfaitement la manière dont nos élites considèrent le monde des armées.

En effet, ces élites – qu’il s’agisse de responsables politiques ou de grands acteurs de l’administration de l’Etat – relèguent nos armées à un rôle strictement technique et leurs chefs au rang de simples exécutants. Ce déclassement affiché des chefs militaires – qui appelle à sa suite celui de l’institution – trouve sa source – au moins en partie – dans des causes culturelles. Collectivement, nous avons évacué de nos programmes de formation tout ce qui touchait à la dimension intellectuelle du métier des armes et, en particulier, à ses approches historiques, humaines et sociologiques, nécessaires à la maîtrise des techniques opérationnelles. Les fondements culturels de nos conceptions en matière d’emploi de la force, leur évolution dans le temps, la lente maturation qui nous a conduits à devenir ce que nous sommes aujourd’hui, ont été plus ou moins consciemment oubliés ou délaissés. Comment espérer, dans ces conditions, faire comprendre aux politiques la validité de nos options, alors que nous ne maîtrisons plus que les conséquences techniques des choix qui nous sont imposés ? Sur les questions de défense, il nous faut impérativement reprendre la place qui nous revient au sein des instances décisionnelles de la Nation, pour faire connaître les raisons profondes de nos besoins et le substrat intellectuel de nos exigences techniques.

Certains trouveront le propos sévère sur notre corporation. Mais, si nous n’avons pas le courage d’établir un constat lucide, il est inutile de déplorer la situation actuelle ! Nous sommes redevables de la vérité à l’égard des jeunes générations d’officiers qui nous ressemblent autant dans leurs motivations profondes que dans leurs comportements alors qu’ils héritent d’une situation alarmante, comme aussi à l’égard de nos sous-officiers et de nos soldats, frères d’armes unis par un même attachement aux valeurs de nos armées.

En conséquence, cette lettre ne sera adressée qu’aux officiers généraux en 2ème section, car elle ne paraît pas recevable, en l’état, par d’autres acteurs de la sphère politique ou médiatique, sachant qu’il appartient à nos lecteurs d’en faire l’usage qu’ils souhaitent ou qu’ils jugent possible, sans impliquer pour autant toute l’institution…

Ce dossier n’est que la première étape d’une réflexion prospective en vue d’aider à la restauration de nos capacités militaires en proportion des défis à venir, restauration dont nous comprenons qu’elle ne sera possible qu’à échéance, en fonction de l’amélioration de la situation économique du pays.

Général d’armée (2S) Jean-Marie Faugère



COMMENTAIRE

 
Copyright 2015. All rights reserved.
Retourner au contenu | Retourner au menu