Peteers - Bir-Hakeim

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Peteers

IN MEMORIAM


A PEETERS


Cet instant où il faut te dire adieu, tu l’avais envisagé sans biaiser, bien dans ta manière, dans le même temps où tu bataillais contre le mal avec une vaillance sans pareille.  

Sans que cette vaillance t’ait jamais manqué, le mal a fini par t’emporter, et il me faut maintenant répondre au souhait que tu avais exprimé d’une prise de parole de ma part, parmi toutes celles que ne peut que susciter l’immense registre de ta personnalité.

Dans ce registre, il me revient de rendre compte de l’engagement de la plus grande partie de ta vie, ce parcours militaire qui nous a valu un long compagnonnage, des troupes de montagne à l’état-major de l’armée de terre, sous le signe de l’amitié.

Je le ferai au nom de l’armée de terre au sein de laquelle tu as été l’un de ceux qui ont été générateurs de progrès, en profondeur, sans que cela ait été toujours perçu ; je le ferai au nom des troupes de montagne dont tu as été une figure de proue, loin devant sur la trace ; je le ferai enfin au nom de l’amitié partagée, au nom aussi de la reconnaissance pour tout ce que tu nous as apporté, nous, tes frères d’armes.



L’armée a fait de toi un général, commissaire aux sports militaires pour ton dernier poste. Mais nous savons bien, nous, tes camarades, qu’en d’autres temps, tu aurais été un maréchal d’empire.

Tu étais en effet, au sens propre du terme, un être d’exception, taillé intellectuellement, physiquement, mentalement, moralement, précisément pour les situations d’exception.

Or, nous avons vécu des temps normés, qui s’accommodent mal des caractères hors normes, surtout s’ils sont ombrageux.

A Saint-Cyr, pourtant, où tu entres en 1961, l’évidence et le large éventail de tes capacités fait de toi l’un des majors de la promotion Bir Hakeim.

Ta double vocation d’officier et d’alpiniste trouve au 15.9 à Briançon, que tu choisis comme lieutenant, un terrain à ta mesure. La cordée que tu formes avec Jean-Claude Marmier va entrer dans la légende.

Mais dès ces années-là se manifeste l’exceptionnelle surface de tes talents puisqu’avant même de commander une compagnie comme capitaine, tu es choisi pour t’engager d’emblée dans l’enseignement militaire supérieur. Ainsi, encore jeune capitaine, quand la plupart de tes condisciples sont officiers supérieurs, seras-tu « breveté » dès 1974, ce qui, en jargon militaire, vaut bien l’agrégation sinon le doctorat. En l’occurrence ton pôle d’excellence, ce sont les mathématiques et tu acquières une expertise en recherche opérationnelle.

Mais cela ne t’a pas détourné de la montagne, tant s’en faut, et dans le même temps, tu es devenu guide de haute montagne en 1972, ce qui n’est alors pas banal chez les officiers.



Pourtant, ta qualité de « breveté » te vaudra désormais, une fois passés tes deux ans de commandant de compagnie au 7ème BCA à Bourg Saint Maurice, de 1974 à 1976, de servir de longues années là où se prépare l’avenir et où sont prises les décisions, à l’état-major de l’armée de terre, d’abord, jusqu’en 1984, avec un court intermède au 27ème BCA, puis au commandement de la 1ère Armée de l’époque, de 1987 à 1992.

Dans ces postes, il te reviendra, peu le savent, d’être pionnier en deux domaines qui sont aujourd’hui des composantes essentielles des capacités d’une armée moderne : les systèmes de commandement, autrement dit l’application des immenses ressources de l’informatique aux procédures opérationnelles, d’une part, la logistique opérationnelle d’autre part.

En parallèle, la montagne reste ton terrain de prédilection ; dès sa création en 1976, tu es l’un de ceux qui participent à la montée en puissance du Groupe Militaire de Haute Montagne, cette « patrouille de France » de l’armée de terre que Jean-Claude Marmier allait amener à la pointe de l’alpinisme moderne.

Tu reviendras dans les troupes de montagne à trois reprises, comme officier opérations au 27ème BCA à Annecy, puis à la tête de l’EMHM à Chamonix, comme chef de corps de 1984 à 1986, enfin comme adjoint au général commandant la 27ème Division Alpine de l’époque à Grenoble, de 1992 à 1994.

Le commandement de l’EMHM a été pour toi, bien sûr, un point d’orgue et tu y as inscrit ton nom parmi ceux des chefs de corps qui brillent d’un éclat particulier dans l’histoire de la maison mère des troupes de montagne. Avec ton ami Marmier, encore lui, qui était alors ton adjoint, vous avez formé un tandem comme il n’y en avait jamais eu à la tête de l’école…

Tous ceux qui ont alors servi sous tes ordres se souviennent de l’esprit de cohésion sans pareil que tu avais su instaurer, diffusant autour de toi un rare équilibre entre tonus et sérénité.



Mais, au tournant des années 90, avec l’implosion du bloc soviétique, le monde avait changé, comme jamais au cours des décennies précédentes, et l’armée de la dissuasion, qui avait été la nôtre, cédait la place à une armée vouée à intervenir sur les théâtres les plus divers. Dès lors, tu ronges ton frein et, puisque la France est engagée militairement en ex Yougoslavie, tu imagines mal que ta place ne soit pas là-bas. Ainsi, avec la fraîcheur d’âme d’un sous-lieutenant, le colonel ancien que tu es met à profit le congé de fin d’année 92 pour te rendre incognito sur le théâtre bosniaque, en quelque sorte en reconnaissance personnelle…

A ton retour, ton impatience sera mise à rude épreuve par un terrible accident de parapente dont tu réchappes, mais au prix de très nombreuses fractures, et ce n’est finalement qu’en 1994 que tu obtiens pour un an un poste de responsabilité au commandement de l’ONU en ex Yougoslavie où tu es en charge de la logistique.



A ton retour, te voilà enfin général et, après un poste d’adjoint au sous-chef d’état-major de l’armée de terre en charge des opérations et de la logistique, tu deviens commissaire aux sports militaires jusqu’à ton départ du service actif en 1998.

Alors allait commencer pour toi une autre vie, plus spécifiquement centrée sur la montagne, mais où tu allais t’investir avec la même foi, la même volonté, la même ténacité, la même vertu de l’exemple, cela a été dit plus savamment que je ne pourrais le faire.



Dans quelques instants, Jean-Paul, te seront rendus les honneurs militaires en présence de l’emblème de l’EMHM.

Tes camarades, tes anciens subordonnés, certains de tes anciens chefs, la génération nouvelle qui a pris la relève, tous sont là pour te témoigner une immense gratitude pour l’exemple que tu nous a donné, celui de la volonté que rien ne rebute, celui du courage sans faille, mais tranquille et sans ostentation, celui de la constance dans l’effort qui jamais ne se résigne à l’abandon, toutes vertus que tu auras magnifiées jusqu’à ton dernier souffle dans les cruelles épreuves qui t’étaient infligées. Immense gratitude aussi pour l’esprit d’équipe que tu savais insuffler, pour la confiance que tu inspirais spontanément, comme un accomplissement de la loi scoute de ta jeunesse.

Oui, Jean-Paul, ton souvenir demeurera vivant dans nos cœurs, dans la plénitude de tes immenses qualités d’homme et de chef ; puisse cette certitude être pour ton épouse et pour ta nombreuse famille, tous vos enfants et petits-enfants,  rassemblés autour de toi dans la douleur que creuse ton absence, une source de réconfort.

                                                                                            

                                                                              Général d’armée (2ème Son) Jean-René Bachelet


                                              


Adieu de la Bir-Hakeim  à  Jean-Paul Peeters

Mon cher Jean-Paul,

Je ne retracerai pas ta carrière militaire, Jean-René Bachelet le fera tout à l’heure, je ne parlerai pas davantage du grand montagnard que tu étais, une voix bien plus autorisée vient de le faire. Je voudrais seulement au nom de la promotion « Bir-Hakeim», ta promotion de St Cyr, te dire adieu. Je le ferai aussi en mon nom propre.

Après une corniche à Lyon, tu choisi le métier des Armes, comme l’on dit communément. Pour le brillant élève du lycée du Parc que tu étais, c’était déjà assez original en ces années de fin de la guerre d’Algérie. Ce métier tu l’as aimé passionnément et déjà à Coëtquidan, dont tu es sorti parmi les majors, tu en surpassais plus d’un, en sport bien sur mais aussi dans les différentes matières de l’enseignement. Je crois me souvenir que tu détenais le record de la « piste du risque » !

Précurseur, tu pressentais que ces années de formation devaient faire de toi un chef de section bien sûr, mais qu’il ne fallait pas pour autant mettre entre parenthèses ta formation scientifique dont l’Armée de Terre aurait besoin. La Fac de Rennes récompensa fort justement ce travail. Cela ne t’empêcha pas de te livrer aux joies de l’escalade et de pratiquer la montagne à chaque permission. C’était là aussi assez original dans la promotion.

Ton classement de sortie t’ouvrait toutes les portes. Tu choisis délibérément l’infanterie et un après à la sortie de l’école d’application, tu optais pour les troupes de montagne. Tu manifestais à nouveau par ce choix, ta passion pour ce milieu très particulier et ton indépendance, car la mode en ces années de guerre froide, portait plus volontiers vers le Corps blindé mécanisé ou les troupes de marine.

Tu étais très attaché à la promotion, à sa cohésion, à son unité : tu nous l’as souvent prouvé. Nous garderons de toi l’image d’un camarade très fidèle en amitié, au caractère toujours serein, indépendant et libre. L’image aussi d’un mari et d’un père très attaché à sa famille. La belle figure enfin du St Cyrien aux convictions et à la foi très solides.

Au revoir, Jean-Paul, au nom des camarades St Cyriens et de la Bir-Hakeim, très nombreux ce matin pour t’accompagner. Nous assurons ton épouse Simone, tes enfants et petits-enfants de notre profonde amitié.  Qu’ils sachent que nous sommes  à leur coté dans cette épreuve et qu’ils pourront toujours compter sur leur Promotion.

                                                               Jean-Claude Glevarec, promotion « Bir-Hakeim »



   
Jean-Paul PEETERS, Président de la FFME de 2001 à 2004 est décédé cette nuit. (9 au 10 octobre 2008)
Guide de haute montagne, militaire, la montagne a ponctué son parcours professionnel et son engagement associatif. Commandant de l'école militaire de haute montagne (EMHM) avant de rejoindre plus tard les forces de l'ONU en ex-Yougoslavie.
Son passage aura marqué la fédération d'une profonde empreinte d'efficacité, de dynamisme et d'humanisme.
Sa dernière expédition lui aura permis de partir à l'aventure à l'autre bout du monde avec un groupe de sourds et malentendants pour leur faire découvrir les trésors cachés de l'Antarctique : c'était les Montagnes du Silence.  

Une cérémonie a eu lieu à Monetier les Bains lundi 13 octobre à 10h30.


 
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