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Quand les politiques deviendront-ils des stratèges militaires ?

MEDIATHEQUE

Quand les politiques deviendront-ils des stratèges militaires ?
de Vincent Desportes




Vincent Desportes est général (r), professeur de stratégie à Sciences po et HEC, et ancien directeur de l’Ecole de guerre.

(Envoi d'Arnould d'Argent)

Si l’année 2013 a été marquée d’entrée par un remarquable succès militaire au Mali, 2014 s’ouvre sur de sérieuses interrogations, avec une opération Sangaris en Centrafrique qui, faute d’avoir disposé d’emblée des moyens nécessaires, progresse très laborieusement. Il est difficile d’affirmer que cette opération sera la seule de l’année, tant les derniers mois ont montré le  caractère brutal des crises dans lesquelles la France n’a d’autre choix que de s’engager militairement. Car notre pays ne peut échapper à l’Afrique, et pour longtemps encore. Dans cet effort sur la durée, nous devrons surtout compter sur nous-mêmes. Pas sur l’Europe, en panne de solidarité militaire. Tant qu’il n’y aura pas de vision stratégique commune, il n’y aura pas de défense commune, car le sentiment de solidarité n’est pas assez fort pour que chaque gouvernement assume les risques politiques liés à ces opérations.
La France doit donc cesser de se départir hypocritement des moyens – terrestres en particulier –nécessaires à l’exercice de ses responsabilités et à la protection de ses intérêts. L’utilisation des forces armées est légitime, mais elle demande, de la part du politique, endurance et persévérance. N’imaginons pas que demain plus qu’aujourd’hui nous pourrons « commander » à la guerre et décider par avance de calendriers théoriques ignorants de l’aspect dialectique de l’engagement armé. «A la guerre, chaque adversaire fait la loi de l’Autre » : c’est l’imparable contrainte que nous rappelle Clausewitz. Le rêve du politique, c’est l’intervention puissante, rapide, ponctuelle, qui sidère.. C’est le mythe cent fois invalidé du « hit and transfer », du choc militaire qui conduirait directement au résultat stratégique et, dans un monde parfait, au passage du relais à quelques armées vassales immédiatement aptes et désireuses d’assumer elles-mêmes les responsabilités. Las ! Clausewitz nous le dit aussi : la guerre ne se résume jamais à un seul coup et se vit toujours dans la durée. Avec sa dynamique propre, elle balaye toujours les calendriers préétablis.
Il faut donc reconstituer notre capacité à conduire des engagements longs, avec des moyens suffisants pour produire d’emblée un résultat significatif. Le contraire de l’opération Sangaris au Centrafrique, en somme.
C’est un fait : le « paradigme de destruction»
ne peut plus être l’argument central de la guerre.
Si nous voulons préserver notre crédibilité militaire, il faut sans délais corriger les deux grandes inadéquations de notre système de défense. Inadéquation d’abord entre notre politique extérieure, qui s’appuie sur nos capacités militaires, et notre politique militaire qui tend à l’inverse à réduire ces mêmes capacités. Inadéquation ensuite entre les modèles de forces vers lesquelles nous nous dirigeons – des forces réduites de haute sophistication, de plus en plus aptes à remporter les batailles et de moins en moins capables de gagner les guerres, adaptées surtout aux conflits que nous ne voulons pas mener – et les guerres réelles qui exigent des formats et des capacités, dont nous nous dépouillons allègrement.
Le « wishfull thinking » ne peut pas remplacer les moyens. C’est un fait : le « paradigme de destruction » ne peut plus être l’argument central de la guerre. Lorsqu’il faut agir dans des contextes où le facteur multiplicateur de la technologie est réduit, puisque la légitimité de la bataille se mesure à son résultat politique, l’instantanéité et la « foudroyance » ne fonctionnent pas. Notre opération Harmattan en Libye (2011) en constitue une preuve flagrante, puisque nous en payons les conséquences au Mali et en Centrafrique aujourd’hui. La capacité à durer, les volumes déployables, le contrôle des espaces sont redevenus des données essentielles, ce qui remet d’autant en cause les évolutions de nos armées et ce terrible «manque d’épaisseur stratégique » qui les caractérise. 2013 aura été, militairement, l’année de la contradiction : entre les faits – les interventions– et le discours (le Livre blanc et sa traduction budgétaire, la loi de programmation militaire) qui dégrade profondément nos capacités de défense.
Interventions, parfaitement légitimes, et incohérence budgétaire… jusqu’à l’absurde. Cette dernière « année militaire » nous a montré clairement ce que savent faire nos armées et leurs évidentes limites. Souhaitons qu’en 2014, le politique se fasse enfin stratège en proportionnant l’enjeu et les moyens.




COMMENTAIRE

Jean-Louis DREVON  4/1
jlydre@aol.com
Tout à fait d'accord avec le propos. J'irai même plus loin. Ceux, politiques comme militaires qui pensent qu'un conflit majeur n'est plus possible en Europe ( on a déjà connu çà avec la "der des der"), feraient bien de regarder ce qui se passe en UKRAINE. Comme vient de le déclarer un diplomate Russe "Poutine ne connait que les rapports de force" Alors il pousse ses pions sans se soucier de sanctions. Personne ne souhaite la guerre mais une étincelle peut toujours mettre le feu..Se pose t'on la question de savoir pourquoi le budget militaire Russe croit régulièrement depuis 3 ans à hauteur de 20% l'an alors que l'Occident opère des coupes sombres et que l'Europe de la défense balbutiante met des semaines pour prendre une décision!

Jean Millour 4/3
jean.millour@sfr.fr
Nos politiques n'ont aucune formation militaire ni formation à la réflexion stratégique. On peut se retrouver ministre de la défense sans savoir ce qu'est une rangers (Alliot Marie ) et chef des Armées, en ayant balayé les couloirs du ministère de l'air comme simple soldat (Sarkozy) Les socialistes ne se sont jamais posé les bonnes questions à ce sujet. Alors on continue dans la démolition! Voir DSI N°101 mars 2014 !


 
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