Témoignages du Service de santé - Bir-Hakeim

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Témoignages du Service de santé

L'HISTOIRE



SOUVENIRS DE BIR HAKIM

 

par le Médecin en chef (r)  Marcel  PALHAWAN (*)





La 1ère  DFL, commandée par le général KOENIG, a quitté le Levant en janvier 1942, en direction de l'Egypte et de la Libye.  
           J'ai été affecté comme médecin aspirant au 22ème  Groupement nord africain, composé d'officiers (Col LEQUESNE) et de tirailleurs algériens, tunisiens et marocains, ayant rallié le général DE GAULLE après la campagne fratricide entre les troupes du général DEUTZ et les Anglais alliés aux F.F.L. = bonne ambiance.
         Après trois mois de combats, offensives et retraites devant l'AFRICA KORPS du général ROMMEL, on s'installe à BIR HAKIM.  La première occupation consiste à creuser des tranchées et des postes de secours :  un mètre de profondeur, bordés de sacs à sable et surmontées de toiles de tente, protections contre un soleil déjà ardent.  Le ravitaillement se fait le soir (biscuits, boites de conserves, thé et un demi-litre d'eau).  
         La première attaque, par la division italienne «ARIETTE» se termine par la destruction de 45 chars.  Le médecin-chef de la brigade me charge de soigner les prisonniers - allemands (très disciplinés) et italiens (qui refusent de creuser les abris pour leurs officiers et qui se plaignent des rations d'eau).  Vers le quatrième jour, le GSD et le camion opératoire sont détruits par l'aviation, malgré les emblèmes de la croix rouge, et les blessés sont gardés dans les abris de leur unité.  J'ai pu disposer d'une lampe électrique, pour aller soigner la nuit, car la position est encerclée, les tirs d'artillerie continuels, avec cinq à dix raids d'avions (formations de 60 à 80) par jour.  Une balle de F.M. traverse mon poste de secours ... et ma chemise pour frapper le poignet de mon infirmier pendant que nous soignons un blessé.  
         Dans la soirée du 10 juin, le général KOENIG, qui a refusé de se rendre à trois reprises, décide une sortie à travers les lignes allemandes. N'ayant plus d'ambulances (deux détruites), j'ai pu caser mes blessés dans un camion de fusiliers marins et j'ai pu remonter le convoi jusqu’au champ de mines.  Les Allemands lancent leurs fusées. On y voit comme en plein jour. J'ai pu soigner quelques blessés, avec les pansements de ma musette et je saute dans un véhicule qui est mitraillé et qui prend feu ;  et à la descente, je me trouve dans un abri allemand, nid de mitrailleuses. Je me sens prisonnier jusqu'à la fin de la guerre.
           Juste à ce moment, une chenillette de la 13ème  DBLE fonce sur la position et j'ai pu profiter de la confusion générale pour m'échapper : course de 300 mètres dans le champ de bataille et je me trouve seul dans le désert, sans boussole pour m'orienter.  Heureusement, je vois pointer les deux phares d'un véhicule à l'horizon.  Je m'allonge derrière un monticule de sable pour attendre le passage du véhicule : pas de chance, c'est une ambulance allemande, grise avec croix gammée (nos véhicules sont peints en jaune).  Mais j'entends parler français et je me souviens que le médecin-lieutenant DUVAL du l' RAC avait récupéré une ambulance allemande pour remplacer la sienne détruite. Je me lance à sa poursuite -50 mètres- mais il n'est pas facile de courir dans le sable.  Enfin, grâce à un ralentissement, j'arrive à m'accrocher à la portière et me laisse traîner pendant près de 10 km - jusqu'au point de rencontre avec le convoi anglais chargé de nous recueillir - à la grande surprise du lieutenant DUVAL.
 




     
A la suite de ce combat, j'ai été nommé lieutenant à titre exceptionnel pour faits de guerre et ai reçu ma première citation.  J'ai été présenté au général DE GAULLE lors de sa visite au CAIRE et j'ai été affecté comme médecin-chef du 1er  RAC, unité d'élite, commandée par un lieutenant colonel d'exception (CHAMPROSAY), avec qui j'ai participé à la bataille d'EL ALAMEIN, qui marquera un tournant victorieux dans la guerre mondiale 40-45.










Une photo de BIR-HAKEIM qui date de1942 ,trouvée dans des archives familiales ,et qui peut servir soit sur le site promo  pour illustrer l'article écrit par mon père dans la rubrique "témoignage",soit sur un prochain bulletin promo (RENARD) à l'appui d'un article sur BIR-HAKEIM. Elle représente le rééquipement des officiers de la 1°B.F.L après la sortie  de B.H. et leur regroupement dans les lignes britanniques. Mon père se trouve en bas et à droite de la photo (en képi et des lunettes); il était médecin-chef de la 22°C.M.N.A. (cie de marche nord-africaine)B.PAHLAWAN .

Marcel PALHAWAN

 
(*) Il s'agit du père de nos deux petits cos, Bernard et Jean-Louis.  









LE SERVICE DE SANTE A BIR-HAKEIM

En janvier 1942,la 1°BFL ,alors stationnée au Liban-Syrie, arrive sur la frontière ouest de l’Egypte avec ses 2 bataillons de Légion (médecins capitaine Genet et Lacombe, médecins auxiliaires Bernosse et Le Poivre),le BIM (médecin lieutenant Duval, médecin auxiliaire Schick),le bataillon du Pacifique BP1 (médecin lieutenant Seiffert et aspirant Gillet),le BM2 (médecin capitaine Guenon et aspirant Mayolle),la 21° compagnie nord-africaine (médecin lieutenant Pahlawan),le RFM (fusiliers marins),le 1°RAC(médecin capitaine Rollin),la 1°compagnie du Train (médecin capitaine Jacquin),le génie (médecin lieutenant Lévy-Leroy) et les transmissions.
Cette brigade a un médecin–chef, le médecin commandant Vialard-Goudou.Chaque bataillon a en gros 2 médecins, ses 6 brancardiers et son poste de secours.
Un groupe sanitaire de brigade, le GSB1, rattaché à la 1°BFL, est dirigé par le médecin commandant Vignes aidé du médecin aspirant Bapot et d’un aumonier,le père Hirleman .   En outre, deux autres formations sanitaires accompagnent les 1°et 2°BFL, l’ambulance chirurgicale légère (ACL) et l’ambulance Spears, composée de chirurgiens, infirmiers, ambulanciers et conducteurs. Le matériel était français provenant de Norvège, complété par du matériel anglais.L’ACL est à Tobrouk en mai 1942.



               




A BIR-HAKEIM PENDANT LA BATAILLE :


Le camp s’établit sur 16 km2  revêt une forme presque triangulaire et est défendu par des champs de mines ménageant 3 portes de sortie à l’ouest, à l’est et au sud. Tout est enterré dans le roc et le sable et chaque combattant  a  son trou individuel. Le général Koenig veille personnellement à l’exécution de ces travaux auxquels il attache une grande importance. Cela permettra, on le saura plus tard, à limiter les pertes humaines.
Le service de santé de chaque unité a creusé un poste de secours souterrain dont l’entrée est protégée par des sacs de sable et dissimulée aux vues aériennes. Les services médicaux et chirurgicaux sont installés au centre du dispositif.


       


L’ambulance Spears est déployée à Sollun mais a détaché un poste chirurgical avancé (médecin commandant Fruchard) sur la position de Bir-Hakeim.Un vaste abri permettant d’hospitaliser les blessés opérés a été creusé. Le groupe sanitaire de brigade avec ses ambulances s’est également enterré.



       


Les conditions d’hygiène sont très dures ; à la température torride du jour, 40° à 45, succède un  froid glacial durant la nuit. Des myriades de mouches se jettent sur les hommes dans la journée. La nourriture est réduite, corned-beef, riz, biscuits. Des tablettes de chlorure de sodium sont distribuées avec une ration d’eau dérisoire de 2 litres par jour et par homme avec laquelle il font chauffer le thé, boisson très appréciée ! L’eau est conservée dans des réservoirs métalliques et des futs de 200 l enterrés. De plus, durant les 15 jours de combat le camp subira 6 journées de fortes tempêtes de sable.


                              
Effectifs santé à Bir-Hakeim du 26 mai au 10 juin 1942
      1-*Equipes médicales ses unités :………………….   
          *Postes de secours :……………………………………    environ 60 personnes
          *Brancardiers :……………………………………………
       2-Groupe sanitaire de brigade n°1…………………….    environ 50 personnes
       3-Renfort (ambulance chirurgicale et ambulance Spears)…………….environ 15 personnes

Au cours des attaques de la position chacun a rempli son devoir avec héroisme.Plusieurs postes de secours sont détruits, notamment par l’aviation allemande. On établit alors des « nids de blessés » dans les unités.

Le 10 juin la garnison est exténuée ; les vivres manquent, les réserves d’eau s’épuisent, les explosions continuelles des obus de gros calibres et des bombes aériennes provoquent chez certains un choc nerveux et une tension exténuante.




Les chirurgiens n’ont plus que des tentes criblées d’éclats et équipées avec ce qui reste de matériels. L’ordre de la sortie de vive force est donné. Il est prévu d’emmener tous les blessés transportables, les médecins et les personnels sanitaires encore valides. Plus de 130 blessés assis ou couchés sont embarqués dans les ambulances, camions du Train ou véhicules des compagnies. Une fois le passage forcé, les 200 véhicules encore en état et les ambulances s’engouffrent azimut 213 jusqu’à la borne B837, lieu prévu pour le recueil par les unités britanniques Plusieurs véhicules sauteront sur des mines, d’autres s’arrêtent pour charger les rescapés ou ceux-ci s’accrochent sur les ridelles …..Les plus faibles ou les moins chanceux  sont tués ou faits prisonniers.



                                   

Un bilan précis de la grande bataille de Bir-Hakeim et de la sortie est difficile à établir en raison de la précarité des évacuations sanitaires et de la retraite précipitée qui a suivi la rupture du front.187 morts ont été inhumés sur place auxquels il faut ajouter un nombre indéterminé de grands blessés  évacués sur les différents hôpitaux anglais ou français et ceux qui ne pourront survivre à leurs blessures. Il faut y ajouter les blessés faits prisonniers qui moururent avant d’avoir atteint les hôpitaux italiens ou allemands.
Des 3286 hommes présents au 10 juin à Bir-Hakeim, 2100 ont pu rejoindre les lignes franco –britanniques. C’est déjà un miracle en soi ! Mais le résultat est là.
Grace à la valeur et la détermination de ses combattants, au dévouement sans compter des personnels du service de santé, la résistance de Bir-Hakeim a tenu et aura permis aux Anglais de préparer l’ultime combat aux portes d’Alexandrie avec des unités ramenées d’urgence de Palestine avec leur chars Sherman.
Le général d’armée Simon chancelier l’Ordre de la Libération écrira plus tard « les médecins de la France Libre ont vécu une épopée qui reste l’honneur de leur vie. Elle reste malheureusement peu connue car si les historiens ont célébré les faits d’armes et les combats de la France Libre, ils n’ont pas trouvé dans les archives les témoignages leur permettant de mettre en lumière le rôle important du service de Santé. Ses
médecins, travaillant dans des conditions d’inconfort et d’insécurité exceptionnelles, ont sauvé la vie de nombreux combattants dont ils ont partagé les dangers et les fatigues…. »

       Bernard Pahlawan 2/4


Avec cet article  je rends hommage à mon père qui a participé à ces combats comme médecin lieutenant  au sein de la 21°compagnie nord-africaine  à Bir-Hakeim puis  comme médecin chef du 1°RAC à El Alamein.( en képi sur la photo).

Documentations de Guy Chauliac :   - Bir-Hakeim de François Broche
                                                       - Le service de santé de la France Libre                                                                                  -                                                           - Archives familiales.



 
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