Un aspirant au 1er RA - Bir-Hakeim

Aller au contenu

Menu principal :

Un aspirant au 1er RA

L'HISTOIRE

Témoignage de Jean-Mathieu BORIS

Aspirant au 1er RA à Bir-Hakeim
Propos recueillis par Alain Magon de la Villehuchet










 Voici les minutes de l’interview de Jean-Mathieu Boris par Alain Magon de la Villehuchet à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de la Promotion à l’Ecole Militaire le samedi 3 octobre 2009.
 
Alain Magon : Face à un auditoire bien averti du déroulement de la bataille de Bir Hakeim, nous avons choisi d’éviter les grandes considérations tactiques ou stratégiques, et de rester résolument dans le concret. Jean-Mathieu Boris va nous raconter la bataille telle qu’il l’a vécue à son niveau. En quelque sorte, la petite histoire de Bir Hakeim par un Aspirant du 1er Régiment d’Artillerie. Petite histoire, mais grand témoin, comme nous allons le voir.
Avant d’étudier la bataille proprement-dite, il me paraît intéressant de savoir pourquoi et comment un jeune français de 19 ans qui prépare les Grandes Ecoles en maths-spé au Lycée de Rennes se retrouve dans la France Libre dès juin-juillet 1940 ? Quelles sont vos motivations à l’époque ?
 
Jean-Mathieu Boris : J’appartiens à une vieille famille lorraine, mon grand-père a fait la Guerre de 70, mon père la Guerre de 14. Mon oncle, Mathieu Boris, a été tué à la Guerre de 14, je porte d’ailleurs son nom. Après la Guerre de 70, mes grands-parents, qui vivaient à Metz, ont quitté la ville pour ne pas tomber sous le joug allemand et se sont installés à Paris. Ma grand-mère m’a élevé dans la haine de l’Allemand et dans un patriotisme à la Barrès.
A l’été 39, les prépas parisiennes ont été envoyées en province, au nom de la sauvegarde des élites…Début juin 1940, je suis donc en pleine période d’épreuves écrites des concours. J’entends le discours de Pétain le 17 juin qui demande de cesser le combat. Je pense que le combat va se poursuivre dans l’Empire, et je décide de me rendre dans le sud de la France dans l’intention de rejoindre l’Afrique du Nord.
Après une étape à Bordeaux, dans la caserne où l’X s’est repliée, je poursuis vers Bayonne. Je m’embarque finalement à Saint-Jean de Luz sur un bateau à destination de l’Angleterre, n’ayant pas trouvé de transport pour l’Afrique. C’est ainsi que je débarque à Plymouth, et que je m’engage dans la France Libre, organisation dont je ne soupçonnais pas l’existence au moment de mon embarquement…
 
A. M. : Je résume l’épisode suivant. Vous suivez d’abord une formation de base d’artilleur, puis vous êtes sélectionné pour le stage d’officier, enfin vous faites un stage de transmetteur dans le Nord de l’Angleterre. Ce bagage d’Aspirant artilleur spécialisé en transmissions étant acquis, vous vous embarquez à Liverpool en octobre 1941, vous faites le tour de l’Afrique pour rejoindre le Moyen-Orient. Là vous êtes affecté au 1er Régiment d’Artillerie de la 1ère BFL stationné au Quartier Soudois à Damas.
 
J-M. B. : Oui, c’est de là, que nous partons pour la Libye, le 30 décembre. Quelques péripéties jalonnent notre déplacement à travers la Palestine, puis l’Egypte. Un jour, je suis appelé comme interprète auprès du Commandant Laurent-Champrosay face à un Colonel anglais, large moustache blonde lui barrant tout le visage, très « armée des Indes ». Responsable de la lutte contre les stupéfiants, il a appris que des trafiquants ont bourré de haschich quelques tubes de 75. Effectivement une rapide inspection permet de trouver le butin et de renvoyer en Syrie les coupables sous bonne garde. Pour me récompenser, le Colonel, décidément très british, me propose d’aller fumer de l’opium à Ismaïlia !…
 
A. M. :  Et finalement vous arrivez en Libye…
 
J-M. B. : Vers le 20 janvier 1941, la 1ère BFL, enfin en ordre de bataille, fait mouvement vers la frontière. Les Allemands tiennent encore la passe d’Halfaya, mais se rendent après quelques escarmouches, et le 25 janvier, nous campons en Libye, en territoire ennemi. Ce soir-là c’est mon anniversaire, j’ai 21 ans… Seul dans ma tente, j’essaie de noyer mon cafard dans le whisky en pensant à ma famille restée en France, à mon père, prisonnier en Allemagne…
 
A. M. :  A la mi-février, vous vous installez à Bir-Hakeim. Pouvez-vous nous parler de l’organisation de la position, des problèmes spécifiques de l’artillerie, de la coordination des tirs avec les marais de mines ?…
 
J-M. B. : Sous le sable, la terre est dure, et il est difficile de creuser sans équipement spécifique. Les canons sont finalement enterrés jusqu’à l’affût, et chaque pièce peut tirer sur 180°. Pour repositionner les pièces après chaque tir, les artilleurs ont coutume de choisir des points de repère dans le paysage, « l’arbre en boule… » par exemple. Dans le désert, il n’y a guère de points de repère naturels. C’est pourquoi nous avions disposé ça et là des bidons qui nous servaient de repères fixes. Ces bidons sont restés en place pendant toute la bataille, les Allemands n’ayant pas compris leur utilisation et n’ayant pas jugé bon de les faire disparaître. Ces bidons, dont la position avait été précisément relevée, ont également été utilisés pour renseigner le PC, à partir des observatoires d’artillerie, sur la position précise des assaillants pendant la bataille.
 
A. M. : Votre position dans l’organigramme du régiment apparaît sur le transparent : vous êtes responsable des transmissions au PC du 2ème Groupe :






J-M. B : Chaque batterie avait 6 pièces de 75 en 2 sections de 3 pièces, soit 24 pièces au total. En tant que responsable des transmissions, j’ai posé des kilomètres de lignes téléphoniques. Ces lignes étaient posées au sol et se sont révélées très fragiles, face aux attaques de l’artillerie et de l’aviation  ennemies. Par la suite, j’ai passé beaucoup de temps à les réparer.
 
A. M. : Vous participez à la dernière Jock Column avant l’attaque de Rommel. Vous vous retrouvez ainsi en position d’observation à Rotonda Signali à 80 kilomètres à l’Ouest de Bir Hakeim. De quoi était constitué ce détachement ?
 
J-M. B : Notre patrouille était très légère et comprenait une section de Légion armée de 75 antichars, une section de deux 75 d’artillerie, un peloton sur automitrailleuse, un élément du génie et une pièce antiaérienne Bofors.
 
A. M. : Au fur et à mesure qu’on se rapproche du 27 mai…, la pression monte.
 
J-M. B : En effet le 24 mai nous subissons une attaque en piqué de l’aviation italienne. Un de mes brigadiers reçoit une balle dans le pied. Nous n’avons ni médecin, ni chirurgien. Et voilà notre infirmier en train d’amputer ce malheureux garçon en suivant les conseils donnés par radio. La procédure est simplifiée : d’abord de la morphine, une dose de whisky, quatre gars pour le tenir, une scie à métaux et les moyens de suture de la trousse de premiers secours. Il a survécu ; j’ai encore eu de ses nouvelles il y a quelques années.
Le 25 mai, il s’agit d’une attaque de chars allemands Mark IV. Avec un de mes 75, je vise par le tube et je touche le Mark IV de tête qui nous arrose de sa mitrailleuse. La tourelle saute. Nous raccrochons la pièce sans même mettre le tube sur son berceau, en contravention directe avec tous les règlements d’artillerie…, et nous filons en vitesse en direction de l’ouest. L’ordre de repli était : « Valse lente »…
 
A. M. : Vous rentrez à Bir Hakeim dans la journée du 26 mai, et vous êtes donc en place pour l’attaque du 27 matin. Rommel a conçu un large contournement de Bir Hakeim par le sud, en vue de percer vers Tobrouk sur l’arrière des lignes de défense alliées, confiant à la Division Ariete la mission d’enlever la position de Bir Hakeim dans la foulée. Cet assaut italien ne se déroule pas exactement comme prévu, en fin de matinée la division se retire laissant sur le terrain 32 carcasses fumantes et une centaine de prisonniers, parmi lesquels le Colonel Prestisimone avec qui vous allez bientôt faire connaissance.
 
J-M. B : Je suis au PC de 2ème Groupe, un trou dans le sable surmonté d’une bâche de camion sur ses arceaux métalliques. Les Légionnaires m’amènent l’officier qui commandait l’attaque italienne pour m’en confier la garde. C’est le Lieutenant-Colonel Pasquale Prestisimone, commandant le 132e Régiment de chars ; il a été fait prisonnier après être sorti indemne de 3 chars détruits sous lui. Je remarque immédiatement qu’il porte les barrettes de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre 14-18. Il s’exprime dans un français parfait : « Je suis un officier de l’Armée royale, j’ai combattu avec la France en 1917, ma femme est française  et quand j’ai su que j’allais combattre les Français, j’ai eu le cœur brisé, mais je ne pouvais pas me dérober à mon devoir et je n’ai pas cherché à éviter la mort… » Le colonel restera avec nous quelques jours avant d’être évacué à l’occasion de la rupture provisoire de l’encerclement : il s’est très vite intégré à notre petit groupe, il répondait au téléphone… et faisait un très bon quatrième pour le bridge, dans un PC qui ne comportait jusqu’ici que trois officiers…
 
A. M. : Cet épisode permet de mieux saisir le caractère particulier de ce conflit, dont les aspects chevaleresques n’étaient pas exclus. Vous m’en avez cité plusieurs exemples au cours de nos échanges.
 
J-M. B : Il est vrai qu’on peut avoir du mal à imaginer les spécificités du théâtre d’opérations et de la psychologie des belligérants. Nous évoluons dans de grands espaces, uniformes, sans relief et vides de toute population. Cela peut s’apparenter au combat naval. Les belligérants sont en pays étranger, loin de leurs bases respectives, l’enjeu territorial est à peu près nul, les combats de contact sont certes violents et hargneux, mais n’excluent pas l’estime réciproque, du moins à l’échelon des acteurs subalternes.
Plus tard, en Tunisie, après la capitulation du Cap Bon, je me souviens que nous avions invité les officiers artilleurs allemands prisonniers à la popote du régiment. Les échanges que nous avons eus à cette occasion sont très présents dans ma mémoire : des discussions techniques entre officiers, sur un mode très simple et presque chaleureux…Pourtant j’avais remarqué un officier allemand qui se tenait à l’écart de ses camarades ; ayant interrogé mon voisin : « Ne vous inquiétez pas, c’est le nazi du régiment !… » me fut-il répondu.
 
A. M. : Pour l’instant nous sommes toujours à Bir Hakeim et l’essentiel reste à faire : tenir ! Rommel s’entête à enlever cette position autour de laquelle il masse 3 divisions et 200 pièces d’artillerie lourde. On se bat à 1 contre 10. Précisément, le 5 juin, les canons lourds de 150 et 210 donnent de la voix…
 
J-M. B : En début d’après-midi, malgré la canonnade, je fais la sieste sous la bâche qui sert de PC au 2ème Groupe, la tête sur une veste roulée placée sous une chaise en toile. Un bruit assourdissant : j’ouvre les yeux, un morceau de ferraille fume au-dessus de ma tête. Un obus a explosé sur un des arceaux métalliques qui tient la bâche. L’éclat qui se dirigeait vers ma tête a été intercepté par l’appareil de photo posé sur la chaise, et s’est arrêté en le coupant en morceaux. J’ai eu de la chance, mais les photos sont perdues…
 
A. M. : Oui, justement, la chance ! Vous m’avez dit avoir identifié douze situations précises où vous avez échappé à la mort par hasard, sans compter les occasions où vous n’avez pas été conscient du danger.
 
J-M. B : Au cours de l’hiver 44-45, lorsque je servais dans les Commandos de France, j’ai pris conscience qu’il était grand temps que la guerre se termine, car mon potentiel « chance » avait probablement des limites qui me semblaient atteintes !
 
A. M. : Le 6 juin, vous vivez une journée particulièrement dramatique, avec la mort de votre ami Jean-Pierre Rosenwald.
 
J-M. B : Ce jour-là, Rommel, appuyé par une intense préparation d’artillerie, attaque sur le front du Bataillon du Pacifique. Plus tard, je vois le Médecin-lieutenant du Groupe qui revient de la 4ème batterie, en sautant de trou en trou sous les obus, dans sa main un petit paquet entouré d’un mouchoir. Je comprends que Jean-Pierre est mort. Un obus a explosé à ses pieds, il s’est vidé de son sang. Je vais le voir : il est blanc, mais son visage est intact. J’ai envie de lui crier : « Jean-Pierre, lève-toi, le jeu est fini ! ». Mais ce n’est plus un jeu ! C’était un ami d’enfance, le premier qui meurt ainsi, et la guerre brusquement impose un nouveau visage.
Le soir, la bataille une fois apaisée, nous enterrons Jean-Pierre, enveloppé dans une couverture. Après avoir réuni 9 autres artilleurs d’origine israélite, le Lieutenant Daniel Dreyfous-Ducas récite la prière des morts, le Kaddish, et alors qu’il commence, une canonnade au loin l’accompagne et un lourd nuage recouvre lentement Bir Hakeim.
 
A. M. : Le 8 juin, un autre de vos amis, Gérard Théodore est grièvement blessé…
 
J-M. B : Gérard Théodore, aujourd’hui Secrétaire de la Société d’entraide des Compagnons de la Libération, a eu la jambe emportée par un obus fusant de 88. Je reçois l’ordre de le remplacer comme lieutenant de tir de la 3ème Batterie. Je demande au Commandant Laurent Champrosay pourquoi il m’a choisi, alors que le Lieutenant Kervizic est plus ancien que moi. « C’est un officier qui n’a pas de chance… » me répond-il. Il devait être blessé un peu plus tard, et il mourra, le 15 août 1942, en Italie, où il a été évacué après la bataille.
Ayant pris mon commandement, je visite la position de batterie, coiffé de mon casque français. Les troupes de l’Axe sont à portée de fusil. On m’appelle de l’abri enterré situé légèrement en arrière, je m’approche et me penche vers le canonnier qui  sort la tête en me tendant un papier. Son casque anglais heurte le bord de l’abri et se relève, ma tête est à quelques centimètres de la sienne. Il s’effondre, une balle en plein front. J’ai toujours pensé que c’était moi qui étais visé, en raison de la particularité de mon casque, identifiable par un tireur au fusil à lunette.
 
A. M. : La chance, encore la chance ! Le 9 juin, vous frôlez à nouveau la catastrophe.
 
J-M. B : Au cours d’une attaque aérienne, un Stuka pique sur la position de batterie. Il descend si bas que je vois les lunettes du pilote. Il lâche sa bombe, la déflagration fait s’écrouler les murs du trou où je suis terré, une des caisses de munitions remplie de sable censée me protéger me heurte violemment la tête. Je reste évanoui et enterré sous les décombres avant d’être extrait par mes canonniers.
 
A. M. : Venons-en maintenant à la sortie de vive force, dans la nuit du 10 au 11 juin. Comment cela se passe-t-il pour vous ?
 
J-M. B : Pendant la sortie, je suis à plat ventre sur la plate-forme arrière de l’automitrailleuse sans tourelle qui servait d’observatoire pendant les Jock Columns. Le Capitaine Gufflet, commandant la 3ème Batterie, mon nouveau commandant d’unité depuis deux jours, est debout dans le trou de tourelle. Je suis juste derrière lui, ma tête à hauteur de sa poitrine. Il y a un type accroché sur mon dos et un légionnaire à ma droite, également à plat ventre. Nous fonçons à travers les tirs de mitrailleuses. Que les balles traçantes sont jolies !
Et puis tout d’un coup, je reste seul : le Capitaine a reçu une balle en plein cœur et s’est effondré dans le trou de tourelle, mes deux voisins sont tombés de l’engin, une rafale les a fauchés tous les trois, et je suis indemne.
Un peu plus tard, j’attrape et hisse à côté de moi un homme qui court, le visage en sang. « Qui tu es toi ? » - « Aspirant Boris, 3ème Batterie ! Et toi qui tu es ?… » - « Je suis le Commandant Masson »… J’ai bien failli le lâcher ! j’avais tutoyé le chef d’état-major, le premier adjoint du Général Koenig…
Le jour se lève quand nous atteignons le point de ralliement…
Plus tard dans la journée, nous prenons la direction des échelons arrières de la Brigade à Bir Bu Maafes. Avec le soleil qui frappe à nouveau, l’odeur du cadavre devient insupportable.  Je décide d’enterrer le Capitaine Gufflet, en prenant le plus de repères possibles pour retrouver sa sépulture. Nous l’enterrons assez profondément pour lui éviter d’être déterré par les animaux.
 
A. M. : Vous n’en avez pas fini, je crois, avec la dépouille du Capitaine Gufflet…
 
J-M. B : Le Capitaine  Gufflet était un polytechnicien, ingénieur au canal de Suez, en poste à Ismaïlia au début de la guerre. Quelque temps après Bir Hakeim, le Commandant Laurent-Champrosay se rend à Ismaïlia pour présenter ses condoléances à la veuve du capitaine. Il  en tombe follement amoureux. Le commandant est assez rigide sur les principes : pas question de consommer avant le mariage, et pas question non plus d’épouser tant que le premier mari n’est pas enterré en terre chrétienne. C’est pourquoi après El Alamein, alors que le régiment est revenu en Libye, en novembre 1942, je reçois la mission du commandant de retrouver le corps du Capitaine Gufflet et de le ramener.
Je pars donc en expédition avec un détachement de trois pick-up. Après avoir déterré quelques cadavres inconnus que nous remettons soigneusement en place, je retrouve finalement la sépulture du capitaine. Je suis frappé de le trouver intact, les yeux ouverts, bien conservé par la sécheresse du climat. Nous le roulons dans une couverture et nous prenons le chemin du retour. Nous arrivons au cantonnement à l’heure de la sieste, je me dirige vers la tente du commandant, et je fais amener le corps, toujours roulé dans la couverture. Au moment d’entrer dans la tente, un de mes canonniers malgaches fait un faux mouvement, la couverture s’ouvre et  le corps du Capitaine Gufflet roule au pied du lit où le commandant repose nu.
-« Voici le corps du capitaine, mon Commandant, vous allez pouvoir épouser Madame Gufflet »
J’ai à peine terminé ma phrase que je me retrouve dehors dans un grand fracas verbal. Je n’ai pas été invité au mariage du Commandant.
Le Commandant Laurent-Champrosay est tué en sautant sur une mine pendant la campagne d’Italie en juin 1944 à Radicofani. Après la guerre, je serai invité au troisième mariage de Madame Gufflet, avec un polytechnicien, à nouveau…
 
A. M. : Pour conclure, pouvez-vous nous parler de la personnalité du Commandant Laurent-Champrosay ?
 
J-M. B : Laurent-Champrosay était un officier d’une grande qualité militaire. Début 1941, il vient d’être nommé chef d’escadron et se voit confier la mise sur pied du 1er Régiment d’artillerie de la 1ère Brigade Française Libre, à partir des artilleurs venant de toute l’Afrique, du Moyen-Orient et d’Angleterre. En quelques mois, il crée une unité d’une grande cohésion et d’une remarquable efficacité dans le service des matériels qui lui sont confiés. Songez qu’il était pratiquement le seul officier d’active de l’unité ; tous ses adjoints et ses commandants de batteries venaient de la réserve. Il disposait cependant d’un bon noyau de sous-officiers de carrière qui connaissaient bien le métier. Le 1er RA contribua ainsi pour une part majeure, grâce à lui, à préserver l’intégrité de la position de Bir Hakeim, tout au long de la bataille. Cependant on ne peut pas occulter un aspect particulier de sa personnalité.
 
A. M. : Oui, plusieurs témoins ont rapporté en détail la réunion qu’il avait organisée, après la sortie de Bir Hakeim, avec les officiers survivants du 1er RA, au cours de laquelle il évoque sa conception de l’officier français et d’une armée nationale. Certains officiers présents ont même quitté la tente avant la fin du discours…
 
J-M. B : Effectivement Laurent-Champrosay était ouvertement antisémite. Cependant il s’agissait plus d’une position idéologique que d’une réelle hostilité envers les personnes d’origine israélite, qui étaient d’ailleurs assez nombreuses autour de lui dans le régiment. Personnellement je peux affirmer que je n’ai jamais eu à me plaindre d’aucune remarque et que j’ai été l’objet d’une complète égalité de traitement avec les autres officiers du régiment. Champrosay était honnête et juste.
 
A. M. : Nous arrivons au terme de cet échange. Vous poursuivez la guerre au sein de la 1ère DFL jusqu’en 1943, puis vous rejoignez  le 1er Commando de France, Brigade de Choc de la 1ère Armée, au sein duquel vous participez aux campagnes de France et d’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre, avec des épisodes très durs que vous m’avez racontés, notamment dans les Vosges, mais ceci est une autre histoire, pour un prochain colloque !








 
Copyright 2015. All rights reserved.
Retourner au contenu | Retourner au menu