10 au 11 juin - Bir-Hakeim

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10 au 11 juin

L'Histoire
Nuit du 10 au 11 juin

Encerclée de tous côtés par l’ennemi dont les lignes sont établies maintenant à une distance qui par endroits, n’excède 300 mètres de la limite extérieure des champs de mines, la garnison de Bir-Hakim ne peut pas quitter la place sans combat. Il lui faudra se frayer un chemin à travers les lignes ennemies après avoir traversé ses propres champs de mines dans lequel un passage doit être aménagé.
Les ordres du général Koenig sont de déminer près de la porte Sud un passage de 200 mètres de large. L’infanterie à pied devra se porter en avant pour ouvrir une brèche dans les lignes ennemies par laquelle passeront les véhicules qui d
oivent marcher sur cinq files de front. La sortie se fera à onze heures du soir. En silence, car il ne faut pas donner l’éveil à l’ennemi, la brigade prépare son départ. A 18 heures, cent vingt Stukas ont effectué un dernier bombardement et l’infanterie a repris ses attaques jusqu’à la tombée de la nuit.

Le crépuscule s’assombrit sur Bir-Hakim. En plusieurs endroits, des incendies rougeoient . Ce sont des véhicules qui brûlent. Le dialogue dramatique entre notre artillerie et celle de l’ennemi reprend encore par moments. Plus des deux tiers des canons de 75 endommagés ne tirent plus et les munitions sont presque entièrement épuisées. Cependant de temps en temps , on entend encore les claquements secs des canons français. Une batterie, dont trois canons sur quatre ont été réduits au silence, tire encore successivement dans trois directions avec le dernier canon en état de fonctionner. Le 75 a mérité au cours de ce siège son surnom de « rageur ». Au moment où le tir cessera, vers vingt-deux heures, il reste en tout et pour tout dans les caissons vingt-deux obus. Or, l’on tirait en moyenne 3000 coups par jour : Bir-Hakim a résisté jusqu’à l’extrême limite.

Dans la nuit tombante, chacun s’affaire. Les ordres sont formels : rien ne doit tomber aux mains de l’ennemi. Tout ce qui ne peut être emporté doit être détruit. Les camions, les voitures endommagées sont brisées, écrasées à coups de masses. Les bidons sont percés à coups de pioches, car en les enflammant on risquerait de donner l’éveil à l’ennemi. Les tentes sont lacérées ainsi que les paquetages. Le matériel de cuisine, la vaisselle dans le mess, brisés en morceaux. Ceux qui étaient tombés glorieusement face à l’ennemi furent enterrés et une croix plantée sur les tombes. Vers dix heures, les moteurs tournant au ralenti, les véhicules se forment en files et vont se placer près de la porte sud par où doit s’effectuer la sortie.
Personne ne parle, personne ne fume. Dans le secteur Nord-Ouest où les avant-postes allemands sont établis au contact de nos propres tranchées, deux compagnies restent sur place, faisant croire que la résistance continue.

A côté des véhicules, formés en lignes, passe maintenant l’infanterie à pied qui va tailler le chemin à travers les lignes ennemies. A minuit, les premiers véhicules s’engagent dans le passage ouvert dans le champ de mines. Le génie n’a pas eu suffisamment de temps pour le faire de la largeur prévue et les véhicules ne peuvent passer qu’en file par un. Les postes de guet adverses ont maintenant entendu le bruit des moteurs. Une fusée verte monte, puis une fusée blanche éclairante et une fusée rouge. Des points lumineux rayent la nuit. C’est une rafale de mitrailleuses avec ses balles traceuses. On aperçoit à travers le terrain vaguement blanchâtre du champ de mines la ligne des véhicules qui, dans la lueur blafarde des fusées, a l’air d’une file de fourmis sur du sable. Sur cette ligne convergent des faisceaux de points lumineux qui semblent des feux follets multicolores. Les armes automatiques, les bredas, les canons à tir rapide tirent sur la colonne. Le silence du début a fait place au bruit du crépitement des mitrailleuses, de l’éclatement des obus, des détonations des mines qui sautent sous le poids des véhicules dont les conducteurs s’égarent ou essayent de se frayer un passage plus rapide en doublant la colonne.

Quelques camions avaient pris feu et la lumière rouge des flammes éclairaient par places la file de véhicules. Les unités d’infanterie s’étaient ruées à l’attaque des postes ennemis. C’était une étrange mêlée où par endroits nos soldats se trouvaient côte à côte avec des soldats ennemis.
On reconnaissait par le couvre-chef : casque pour les Français, casquette pour les Allemands. Un officier a chargé successivement avec son brenn carrier trois bredas. Il en a écrasé deux sous les chenilles de son brenn, achevant les servants à coups de grenades. A la troisième il a été tué d’un obus qui éclata en plein contre le côté du brenn carrier. Vers trois heures du matin, l’ennemi occupait les lignes formant un triple barrage d’armas automatiques ; la colonne ne progressait que lentement. Il apparaît que la sortie ne pourra pas se dérouler suivant le plan prévu. Le Général donne l’ordre aux brenns de se jeter en avant et aux véhicules de s’élancer à leur suite dans une véritable charge. Lui-même fonce, le premier, montrant la route à suivre. Au volant de son automobile se trouve son chauffeur, une conductrice anglaise, la seule femme qui aura vécu le siège et la sortie de Bir-Hakim. Un certain nombre de véhicules passent. Le reste de la colonne suit plus lentement. Les camions roulaient l’un derrière l’autre. Par moment il fallait stationner sur place et les mitrailleuses ennemies tiraient toujours et leurs balles traceuses dessinaient sur le sol un réseau lumineux qui, joint aux fusées et au rougeoiement des incendies faisait un extraordinaire spectacle. Autour des camions passaient des hommes à pied qui se plaquaient contre le sol quand une rafale de balles sifflait. Les conducteurs des voitures, eux, ne pouvant quitter leur volant demeuraient stoïques à leur place.
Dans la nuit on entendait les appels des blessés qu’il fallait charger sur les camions, tout cela dans une obscurité profonde. Peu à peu la colonne avançait sous le feu intense vers la sortie du champ de mines. Là, la route devenait libre et il était possible de foncer à travers le dernier barrage ennemi. Quelques kilomètres plus loin était le lieu de rendez-vous avec un détachement de la brigade anglaise qui se trouvait au Sud-Ouest de Bir- Hakim. Il était marqué par trois feux rouges.

Vers trois heures du matin, les deux compagnies qui tenaient les positions au nord-ouest se sont repliées, mais les Allemands ignorent encore qu’il n’y a plus personne en face d’eux et que la position a été évacuée. Ce n’est que le onze au matin qu’ils pénétreront dans Bir-Hakim après un bombardement aérien massif, celui-là bien inutile, car tout ce qu’ils bombardent ce sont des trous abandonnés et des carcasses de véhicules à demi calcinées.
Le jour va se lever. Un brouillard assez épais recouvre le sol. Plusieurs ayant passé les lignes ennemies et ne pouvant trouver le point de rassemblement, craignant d’être faits prisonniers par des patrouilles allemandes, préfèrent faire route au sud puis à l’est, traversant des régions où il n’y a aucune force adverse. A cinq heures l’évacuation est terminée.

Jeudi 11 juin

A cinquante kilomètres au sud-est de Bir-Hakim, les éléments de la brigade se regroupent. L’air est si pur, le ciel si bleu, le désert si calme et plein de silence, qu’on se demande si ces derniers jours ont été véritablement vécus ou s’ils étaient un cauchemar.
Le Général Kœnig a arraché à l’encerclement des forces germano-italiennes les deux tiers des effectifs de sa brigade qui ramène ses blessés et une partie de son matériel, et ceci par une opération pleine d’audace et qui a réussi, en partie, grâce au fait que l’ennemi fut complètement surpris. Et aussi on ne rendra jamais assez hommage au courage de ceux qui, beaucoup au sacrifice de leur vie, ont attaqué sans relâche les postes ennemis qui tiraient sur la colonne. Ils sont les héros des combats furieux qui se déroulèrent pendant cette nuit dramatique du 10 au 11 juin. On peut le dire : de vive force, la brigade du Général Koenig s’est ouvert les armes à la main, un passage à travers les lignes ennemies serrées et profondes. Cette concentration des forces de l’adversaire, concentration qui fut réalisée dans l’après-midi du 10 juin semble indiquer que l’assaut final devait être donné contre Bir-Hakim le 11 juin au matin. Cet assaut, la garnison n’aurait peut-être pas été en état de le contenir, faute de munitions et d’eau. La sortie fut faite au dernier moment où elle demeurait encore possible. Elle a été le couronnement de la brillante résistance que la première Brigade des Forces Françaises Libres a opposée à Bir-Hakim à un ennemi supérieur en nombre et en armement pendant quinze jours et quinze nuits.






A ce jour, 140 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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