26 mai - Bir-Hakeim

Aller au contenu

26 mai

L'Histoire
Mardi 26 mai

Depuis quelques jours on s’attend à une offensive ennemie. .A Bir Hakim cette offensive est attendue de pied ferme , et le moral est excellent. Depuis que la brigade est entrée en campagne, un calme relatif règne sur le front de Libye. A Halfaya, la reddition de la garnison allemande a privé les forces françaises d’une occasion de combattre. Trois mois durant, les diverses unités à tour de rôle ont participé à des opérations de colonnes au cours desquelles certes plusieurs d’entre elles ont eu l’occasion de se distinguer, mais les engagements sont restés de petite envergure ; ce qu’on veut, c’est le grand choc. A Bir Hakim ces désirs ont des chances d’être satisfaits. La position se trouve à l’extrémité sud des lignes de défense alliées qui sont établies perpendiculairement à la côte à hauteur de Gazala. Elles sont constituées en gros par un système de points forts couverts et reliés par des champs de mines qui viennent aboutir sur Bir Hakim. De Bir Hakim un second champ de mines a été posé sur une ligne qui se dirige vers le Nord-Est. La position se trouve donc à la pointe d’une sorte de « V » dessiné par deux lignes de champs de mines.








Bir Hakim est la charnière autour de laquelle peut s’exécuter un mouvement tournant par le sud. Tant que Bir Hakim tiendra il sera très difficile pour l’ennemi d’effectuer un mouvement de ce genre et surtout d’exploiter un succès. En outre, en cas de contre-offensive britannique, Bir Hakim est considéré comme la plaque tournante de toutes la manœuvre des unités blindées. Les Français sont à la place d’honneur.

On a dit que Bir Hakim était une oasis, un endroit planté de palmiers, un emplacement de sources. C’est inexact. Le désert Libyque, de la côte à quelques centaines de kilomètres à l’intérieur, est une plaine désertique de terre et de cailloux à peine ondulée ; par endroits, cette plaine est recouverte de buissons ras ; au printemps il y pousse quelques graminées sauvages et des fleurs ; dès le mois d’avril tout est déjà séché par le soleil, et les plantes ont pris la couleur ocre clair qui est celle de la terre ; à Bir Hakim le sol, légèrement sablonneux, est incapable de nourrir même cette maigre végétation. Le point où nous sommes n’aurait pas de nom sur la carte s’il n’y existait un puits fournissant une eau qui pouvait paraître abondante à une tribu de bédouins pour quelques semaines. Il a suffi de quelques jours de présence de plusieurs milliers d’hommes pour que ce puits soit définitivement à sec. Dans un désert qui est un des points du globe les plus déshérités, Bir Hakim est particulièrement inhospitalier. Dans une région balayée par les vents de sable, Bir Hakim est spécialement pénible, le sol étant entièrement dépourvu de cette végétation qui contribue à fixer dans une certaine mesure la poussière. Par brise légère et alors que l’atmosphère est claire aux alentours, Bir Hakim disparaît dans des tourbillons de sable.

Depuis le mois de février, la brigade est installée sur les lieux, et un travail de tous les instants perfectionne de jour en jour le dispositif de défense. Cette défense a été prévue principalement en vue d’une attaque par des éléments blindés. Elle consiste eu un réseau de champs de mines dont les abords seront défendus par des tirs d’artillerie. Ces champs de mines délimitent un pentagone d’environ quatre kilomètres sur quatre. Cette surface de plaine, c’est Bir Hakim.
En se tenant au centre, on voit s’étendre autour de soi l’immensité plate du désert dont quelques ondulations délimitent à l’horizon des crêtes distantes de cinq à six kilomètres. Dans la plaine, on distingue les piquets sur lesquels sont tendus les fils de fer qui indiquent les pourtours des champs de mines. Ceux-ci représentent une surface de terrain sur lequel les mines sont posées à une distance n’excédant généralement pas un mètre l’une de l’autre. Ces mines sont constituées par une charge d’explosifs contenus dans une boite de métal de la grandeur d’une assiette ; cette boite est placée dans un trou et recouverte de terre ; au bout de quelques semaines, le sol est nivelé à nouveau et rien ne décèle l’emplacement de la mine. Les mines sont destinées à arrêter les camions; automitrailleuses ou chars d’assaut et explosent quand un véhicule de plus de 200 kilos passe dessus. Elles sont donc inoffensives contre un homme à pied. Les champs de mines autour de Bir Hakim ont été disposés selon un plan soigneusement mis au point qui comporte des saillants et des redents, dont l’objet est de canaliser les véhicules ennemis le long de certains itinéraires.
Les fils de fer qui entourent les champs de mines n’offrent aucun obstacle à une attaque d’infanterie ; ils servent uniquement à indiquer l’emplacement des terrains minés afin que les conducteurs de nos propres véhicules puissent les éviter.

Quant à l’intérieur du périmètre de Bir Hakim, c’est une superficie de terrain presque plat sur laquelle les différents unités sont réparties. Pendant près de quatre mois, les hommes ont travaillé à creuser des trous et la plupart des véhicules sont à demi enfoncés dans le sol. A côté des tentes individuelles chacun s’est aménagé une tranchée étroite et profonde qui sera un excellent abri contre les bombardements. Certaines unités habitent entièrement sous terre, ayant creusé et installé des sapes qui ont l’avantage d’être plus étanches que les tentes quand les tourbillons de sable volent dans l’air, ce qui arrive en moyenne trois jours par semaine
La garnison comprend quatre bataillons d’infanterie, dont deux de la légion étrangère ; un troisième bataillon colonial blanc est formé avec des unités d’infanterie de marine et d’autres venue de Nouvelle-Calédonie et des Iles du Pacifique ; le quatrième est un bataillon colonial noir de tirailleurs de l’Afrique Equatoriale Française. Un régiment d’artillerie dispose de quatre batteries de six pièces de 75. D’autres 75 sont répartis entre les diverses unités et servent de pièces anti-chars, ainsi que des canons de 47. Un bataillon de fusiliers marins qui assure la défense contre avions a touché il y a quelques jours des canons Bofors pour remplacer ses armes démodées. Les marins ont travaillé dur pour s’entraîner au maniement de leurs nouveaux canons. L’officier anglais qui fait un cours sur leur emploi doit leur faire passer un examen demain.
En plus de ces évènements, la brigade comprend des unités du génie, des transmissions, un groupe sanitaire, une ambulance chirurgicale légère et divers services.

Au cours de l’après-midi, nos colonnes légères qui patrouillent le désert à l’ouest ont observé une activité inaccoutumée de la part de l’ennemi. Vers seize heures on signalait deux fortes colonnes adverses qui viennent du nord-ouest et semblent se diriger vers Bir Hakim. Nos propres éléments avancés se replient en combattant et sont ramenés, sous la pression ennemie, aux abords de la position.

Est-ce l’attaque ? A Bir Hakim on l’attend sans forfanterie mais avec un calme réfléchi ; les hommes de la première Brigade Française sont heureux si elle vient ; on est impatient de se battre. Chacun sait que la brigade est à une place d’honneur et que le commandement allié lui fait confiance. De cette confiance on fera tout pour se montrer digne.







A ce jour, 140 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
Retourner au contenu