27 mai - Bir-Hakeim

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27 mai

L'Histoire
Mercredi 27 mai

Toute la nuit, on a entendu des bruits de moteurs. De tous côtés on signale que des colonnes ennemies son en mouvement. Par précaution, les portes qui donnent accès à la position sont minées. Ces portes sont plutôt des chicanes, passages étroits et tortueux aménagés dans les champs de mines. Il y en a trois : la première à l’Est s’ouvre sur la piste qui se dirige vers El-Adem et Tobrouk, là où se trouvent les échelons arrière de la brigade : train, intendance, services de ravitaillement. La seconde conduit à une piste qui tourne plein Ouest et se dirige vers Mechili et Msous. La troisième, au Nord-Ouest conduit à une crête sur laquelle a été établi un poste d’observation pour les tirs d’artillerie. Cette nuit, une quatrième porte a été aménagée au Nord. Elle donne accès à la région dite du « V » comprise entre les deux grands champs de mines qui viennent aboutir à Bir-Hakim. Cette nouvelle porte facilitera la sortie de nos patrouilles qui ont reçu mission de surveiller le « V » et d’interdire à l’ennemi les opérations de déminage et le passage de ses colonnes à travers les champs et les marais de mines.

Un officier de liaison d’une brigade indienne vient se réfugier dans Bir-Hakim. Il n’a pu retrouver son unité qui a été attaquée violemment par des forces adverses. Il confirme que, sur l’ensemble du front, l’ennemi a pris l’offensive. Ses colonnes ont traversé en un point les champs de mines et avancent en direction d’El-Adem. A Bir-Hakim, on sent que l’attaque est imminente. Chacun est à son poste. A huit heures on signale au Sud une forte concentration de chars. On ignore encore s’il s’agit d’amis ou d’ennemis et les ordres sont de ne pas tirer. Mais voici que les chars se mettent en mouvement, points noirs qui avancent sur la plaine, soulevant derrière un eux un panache de poussière. Le doute n’est plus permis.

Il est neuf heures et on voit nettement soixante-dix tanks qui progressent le long du champ de mines à l’Est du camp, en formation de combat. De toutes leurs pièces les chars tirent sur la position ; arrivés en face de la porte Est, ils font un quart de tour vers la gauche et fondent droit en avant vers les défenses.

A ce moment les pièces antichars ouvrirent le feu. Dix-huit des lourds engins blindés sautèrent sur des mines et plus ou moins endommagés furent achevés à coups de 75. Le combat se déroula , furieux, pendant plus d’une heure. Les attaquants étaient des chars italiens M13. Plusieurs portaient des canons de 75. Les uns après les autres, les chars s’immobilisaient, atteints par les obus qui perforaient les cuirasses et éclataient à l’intérieur. Des tourbillons de fumée se dégageaient des chars cloués sur place. Une épaisse poussière couvrait la zone où se déroulait la bataille. A un moment donné, trente chars s’avancèrent simultanément ; les premiers coups des anti-chars furent tirés alors qu’ils étaient encore à 400 mètres. Les légionnaires effectuant des sorties faisaient prisonniers les soldats ennemis qui abandonnaient les chars en flammes ; il y en avait qui se roulaient à terre pour éteindre le feu qui prenait à leurs vêtements.
Six chars réussirent à entrer dans les défenses intérieures de la position. L’un est à quinze mètres du poste de combat d’un officier commandant une compagnie de légion étrangère. Un obus de 47 tiré par le char traverse l’abri de cet officier sans le toucher. Il brûle son fanion, craignant qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi, tandis que les hommes s’élancent en avant, attaquant les chars dans un furieux corps à corps. Les légionnaires lancent des grenades incendiaires, grimpent sur les chars, tirant au revolver sur les occupants au travers des fentes de visée. En quelques minutes les six chars sont hors de combat.

Le colonel italien qui les commande est fait prisonnier. Cet officier qui se battit très courageusement avait, quoique blessé, changé trois fois de tank au cours du combat. Il nous apprit que la veille nos éléments avancés, avaient en se repliant, détruit trois chars de son régiment. Ayant perdu trente-deux chars, l’ennemi se retira vers onze heures trente. Un sergent-chef de la légion avait à lui seul sept tanks à son actif avec la pièce de 75 qu’il commandait. Une autre pièce servie par le Bataillon d’Infanterie de Marine en avait détruit cinq. A un moment, un obus s’était enrayé dans le canon. Sans tenir compte du danger, un des servants l’avait extrait en introduisant le refouloir dans le tube et en frappant dessus à coups de marteau.

Les prisonniers sont interrogés. On apprend que l’assaut a été mené par la division italienne « Ariete ». Plusieurs des soldats tombés entre nos mains sont blessés. Ils sont dirigés vers l’infirmerie où des soins leur sont prodigués.
Cet après-midi, un convoi de véhicules italiens est venu se présenter à la chicane de la piste de Mechili. Grand étonnement des conducteurs de tomber sur des sentinelles françaises. D’après les plans de l’offensive, Bir-Hakim devait tomber ce matin. Plusieurs des officiers italiens prisonniers ont exprimé leur admiration devant la défense de la position ; ils ne pouvaient en croire leurs oreilles quand ils ont appris que les effectifs à Bir-Hakim se montaient à une seule brigade.
A ce jour, 140 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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