5 juin - Bir-Hakeim

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5 juin

L'Histoire
Vendredi 5 juin


Plusieurs évènements à signaler cette nuit. D’abord un convoi britannique a réussi à traverser les lignes ennemies. Des camions ont apporté des munitions dont nous avons besoin, car les réserves s’usent vite à la cadence à laquelle travaillent nos batteries qui doivent exécuter sans interruption des tirs d’interdiction et de harcèlement sur tout le pourtour de la position.

Ensuite, vers trois heures, le ciel, vers le nord, s’est embrasé de grandes lueurs et le sol s’est mis à trembler à tel point que certains ont cru à une attaque massive de chars contre la place. Une grande bataille d’unités blindées se déroulait qui a duré jusqu’à l’aube.

Enfin, à quatre heures le général Rommel a fait, une fois de plus, une tentative d’intimidation. Comme le remarqua plaisamment un officier, la cote de la brigade montait. Après de simples parlementaires chargés de « signifier » une sommation, l’ennemi avait chargé des « émissaires » d’apporter une missive signée de la main du Général Rommel. Il envoyait maintenant un « plénipotentiaire » avec mission de traiter la reddition de la place. Ce plénipotentiaire était un officier allemand qui se présenta à la porte Est. Un légionnaire d’origine allemande y était  de garde. Il commença par demander assez rudement et en allemand à l’officier ennemi ce qu’il voulait. »Is there somebody who speaks english here ? » demanda dignement le plénipotentiaire. « Moi, répondit l’officier qui commandait le poste, et les ordres du général sont de ne recevoir aucun envoyé ennemi. Veuillez vous retirer ». Assez nerveusement l’officier allemand sortit un papier de sa poche dont il lut rapidement le texte qui était en anglais. Peut-être le Général Rommel craignait-il que ses premières sommations, l’une exprimée en italien, l’autre rédigée en allemand, n’eussent pas été comprises par le commandant de cette garnison de Bir-Hakim qui faisait preuve d’un entêtement vraiment incompréhensible. Ayant lu son message, l’officier remonta dans l’automobile avec laquelle il était venu ; effectuant un malencontreux demi-tour il passe sur une mine qui sauta. Dans la fumée de l’explosion qui se dissipe on voit sortir de la voiture fortement endommagée l’officier qui sort indemne et repart vers ses lignes sans demander son reste : « Tu as quatre kilomètres à marcher, lui crie en allemand la sentinelle ; ça t’apprendra à venir réveiller les gens à pareille heure ».

A sept heures, le bombardement d’artillerie recommence et aujourd’hui, aux pièces de petit calibre se mêlent les batteries de 155. Des officiers d’un bataillon de légion sortaient du mess après avoir pris leur breakfast ; ils entendirent une détonation et les sifflements de shrapnells : « Encore une bombe à retardement », dit l’un d’eux. Quelques minutes après, même scène, mais cette fois la détonation avait été précédée d’un bruit rappelant celui d’un train passant dans le lointain. Les bombes à retardement étaient des obus de 220. L’artillerie de Bir-Hakim qui ne comportait que des 75 était incapable de répondre. Mais elle n’était pas pour cela inactive, bien au contraire. Les salves de nos batteries se suivaient l’une après l’autre. On entendait les coups de départ et quelques instants après les coups d’arrivée qui éclataient sur les crêtes à l’entour. Tous les véhicules ennemis qui tentaient de s’approcher étaient instantanément pris à partie. Nos batteries faisaient place nette dans un rayon de cinq kilomètres à l’extérieur des champs de mines. A distance respectueuse on pouvait observer une circulation intense et des concentrations de véhicules ennemis dont le nombre allait sans cesse grandissant. Méthodiquement les artilleurs adverses qui disposaient d’excellents postes d’observation avaient repéré nos batteries et ajusté leurs tirs. Nos pièces étaient continuellement prises à partie.




Dans ce duel inégal les artilleurs français se battent avec un magnifique sang-froid et un total mépris du danger. Debout derrière les canons, les officiers chefs des batteries donnent tranquillement leurs ordres qu’ils crient dans un porte-voix aux servants qui manoeuvrent leurs pièces inlassablement malgré les éclatements incessants des obus ennemis de gros calibres. Souvent les allemands emploient des fusants et le projectile éclate dans un nuage de fumée noirâtre au-dessus des batteries qui sont aspergées de shrapnells. Mais les 75 français tirent, tirent toujours.

L’ennemi a effectué des reconnaissances nombreuses vers l’Est et le Sud. Appuyée par quelques chars, son infanterie est venue s’établir à environ 1500 mètres de la limite du champ de mines en face du « fort ».

Ce « fort » est marqué sur les cartes italiennes qui le qualifient pompeusement de « Risotto ». En fait ce n’est qu’une bâtisse en ruine, un bâtiment de quelques pièces qui abritait avant la guerre le peloton d’askaris commandé sans doute par un sergent européen dont la mission était d’assurer la police de ce coin de désert. Quelques créneaux au haut de la tour de guet et quelques rouleaux de fil de fer barbelé pouvaient peut-être servir à déjouer les intentions hostiles de quelques nomades ; dans les opérations de guerre moderne, ces défenses ne sont d’aucune utilité.

Les avions ennemis ne se sont point montés aujourd’hui à l’exception d’un seul appareil d’observation qui volait extrêmement haut et qui travaillait probablement en liaison avec l’artillerie adverse pour le réglage de ses tirs.

A ce jour, 140 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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