8 juin - Bir-Hakeim

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8 juin

L'Histoire
Lundi 8 juin

Un convoi est arrivé ce matin à 4 heures. Les camions étaient conduits par des chauffeurs français d’une unité du train ; tous volontaires pour cette mission. Le convoi a apporté des munitions ; il y avait aussi deux camions-citernes qui permettront d’aligner la brigade en eau jusqu’au 11 juin sur la base de deux litres par homme et par jour. C’est peu quand il faut combattre toute la journée en plein soleil, dans la chaleur du désert en été. Le rationnement de l’eau est particulièrement pénible pour les tirailleurs noirs qui sont habitués à boire beaucoup. Chacun doit donner à la cuisine un litre sur les deux qui lui sont alloués. Il reste un litre - quatre quarts d’eau, - pour étancher la soif pendant douze longues heures. Le manque d’eau commence aussi à se faire sentir au groupe sanitaire où une grande consommation est faite pour le lavage des blessures. Bientôt il deviendra impossible de refaire les pansements aussi fréquemment qu’il le faudrait.

Ce n’est pas seulement l’eau qui devient rare ; il va falloir aussi économiser les munitions ; on comptait sur soixante-dix camions; trente seulement ont pu passer et au prix de mille difficultés après avoir été mitraillés au passage des postes ennemis. Le convoi de cette nuit sera sans doute le dernier. Une brume assez épaisse recouvre Bir-Hakim. C’est une vision réconfortante que celle de ces grands véhicules qui passent un peu fantomatiques dans le brouillard.

7 h 30 - La brume s’est dissipée et l’attaque commence. UN bombardement massif par 60 Junker 88 en a donné le signal en même temps que se déchaînaient les tirs d’artillerie qui ne vont pas cesser jusqu’au soir. Tout le camp est soumis méthodiquement à une préparation intensive. A dix heures du matin, l’infanterie appuyée par des chars attaque sur le Nord-Ouest. Cet assaut est contenu, et deux chars sont détruits. Des groupes de chasseurs de la R.A.F. ont assailli à plusieurs reprises à la bombe et à la mitrailleuse les forces ennemies , déclenchant de violents tirs de canons anti-aériens. Le bruit des bombes qui explosent dans les lignes adverse est doux aux oreilles des hommes de la brigade soumis à une avalanche de mitraille qu’ils doivent supporter sans pouvoir répondre par suite de la portée insuffisante de l’artillerie. A treize heures nouveau bombardement par soixante Junker 88 ; le bombardement est le signal de la reprise de l’attaque ; des chars arrivent jusqu’au bord du champ de mines ; deux, touchés, se mettent à brûler, les autres se retirent. Simultanément une attaque était déclenchée au Sud contre le fort ; elle fut contenue. A dix-huit heures, les soixante Junker 88 reviennent pour la troisième fois ; l’ennemi lance une dernière attaque d’une extrême violence, mais cette fois encore sans résultat. Bilan de la journée : les assaillants se sont emparés de notre observatoire d’artillerie au Nord-Ouest. Ses défenseurs se sont battus jusqu’au bout et se sont faits tuer sur place. Un char a été détruit au cours du combat. Les douze dernières heures ont coûté cher en munitions et plusieurs de nos canons ont été endommagés, mais l’artillerie s’est couverte de gloire. Un officier d’infanterie coloniale commandant les unités en position sur la face Nord-Ouest qui comprennent notamment des tirailleurs noirs de l’Afrique Equatoriale Française, après un assaut ininterrompu de l’ennemi pendant treize heures et qui arrivait au Poste de Commandement du Général, la figure grise de poussière dans laquelle ses yeux bleus clairs brillaient étrangement, a déclaré en entrant : « Je ne dirai jamais plus de mal des artilleurs ». La journée a été très dure. Le sol de Bir-Hakim est parsemé de trous et de cratères de toutes dimensions entourés de marques noirâtres laissées par la fumée de la poudre ; la terre est jonchée de morceaux de ferraille déchiquetés. Plusieurs véhicules ont les tôles des carrosseries ou des capots troués par les éclats d’obus; par endroits des carcasses noircies et tordues de camions incendiés fument encore.
A ce jour, 140 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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