La Cyrénaïque - Bir-Hakeim

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La Cyrénaïque

L'Histoire
La Brigade ne s'attarde pas en ce lieu, à l'Ouest il y a du nouveau.
Le Général Auchinlek, après sa campagne victorieuse de Cyrénaïque, prépare celle de Tripolitaine. Il ne croit pas que Rommel puisse recevoir aisément des renforts importants. Pour raccourcir sa ligne de ravitaillement, il replie le gros de ses troupes et ne laisse au contact qu'un léger rideau d'unités blindées. Or les Allemands ont reçu des vivres, du carburant et de nombreux véhicules d'Afrique du Nord; les transports maritimes de l'Axe ne servent plus qu'à amener des armes et de la troupe: la 133ème Division et la 30ème division Sabratha sont déjà arrivées.

Le 21 Janvier, l'Afrika Korps fait mouvement malgré la pluie qui transforme la région en marais de boue et bouscule la 200ème  Brigade de la Garde qui barrait la route d'El-Agheila à Agedabia. Le Haut Commandement britannique ne paraît pas s'en inquiéter, le communiqué du jour ne mentionne que des ''reconnaissances en force'' ; puis il prend conscience des intentions réelles de Rommel et du danger qu'elles représentent: le 5 et le 23 Janvier deux convois italiens ont échappé aux coups de la R.A.F. au prix de quelques pertes légères et ont débarqué l'un une centaine de chars, l'autre du personnel. Aussitôt, le Général Ritchie, Commandant la VIIIème Armée voit l'importance de la menace et porte vers l'Ouest toutes les forces disponibles dont la 1ère  Brigade Française Libre. Celle-ci doit au bout de la Via Vittoria, rejoindre la Brigade Polonaise des Carpathes du Général Kopanski dans l'agglomération de Giovanni Berta, ainsi nommée en mémoire d'un jeune fasciste tué lors de la marche sur Rome.



Au cours du déplacement sur le Trigh Capuzzo, la Brigade aperçoit non loin de Bardia les carcasses blanchâtres d'appareils britanniques témoins des pertes subies par la R.A.F., et parmi elles les restes du Blenheim du Lieutenant-colonel Pijeaud qui commandait le Groupe Lorraine. Celui-ci grièvement brûlé le 20 Décembre 1941 dans son avion mis en feu par la Chasse allemande, au cours d'une mission de bombardement sur les colonnes ennemies, a réussi à se poser et à échapper aux Italiens, il mourra de ses blessures sur le navire hôpital qui le ramenait à Alexandrie.

Le voyage dure trois jours. En cours de route les hommes dorment la nuit à même le sol, roulés dans leur couverture trempée par la rosée du matin. Les villages traversés: Bardia, Tobrouk, Tmimi, Derna défilent, marqués des tirs de la Royal Navy, et près des abris intacts, des équipements et des armes abandonnées jonchent le sol. Quand le vent sévit le soleil disparaît dans un épis nuage de poussière, la visibilité ne dépasse guère le bout du capot du camion, dans la cabine la chaleur est insupportable.

Mais par temps calme, la nature offre à l'aube et au crépuscule le spectacle somptueux du soleil avec ses couleurs violentes et contrastées, tandis que la folie des hommes accumule sur les champs de bataille, comme à Sidi Rezegh, l'image désolante de carcasses rouillées de chars incendiés, près desquelles sont alignées les tombes des équipages, sous une croix blanche pour les Britanniques, noire pour les Allemands.

Le Samedi 24 Janvier, les Français rejoignent les Polonais qui leur réservent, à Giovanni Berta, un accueil chaleureux. L'environnement a totalement changé, la région est accidentée, couverte de collines atteignant plus de six cents mètres, Il y pleut de temps en temps, aussi trouve-t-on de l'eau, de la verdure, et ce n'est pas un mirage...




Mais Rommel continue sa progression, déjà, le 28 janvier, il occupe Benghasi, et le désordre règne dans le camp britannique, les convois roulent dans les deux sens sur les pistes, les ordres se succèdent et se contredisent: tout d'abord il faut se replier de nuit sur Achroma en suivant la Via Balbia, puis la mission change en cours de route, il faut aller protéger les terrains d'aviation de Tmimi.
Cette nuit là, le Lieutenant Pichat, Commandant la 1ère  Compagnie du B.I.M. est tué alors qu'il dirigeait, dans des tourbillons de sable, un camion tirant en remorque un autre véhicule.
Dès l'aube un message  prescrit de se porter à quatre vingt kilomètres au Sud pour verrouiller, avec l'aide de la Brigade Polonaise, l’important carrefour des pistes d’El-Mechili et couvrir le reflux des formations britanniques. Le Général de Larminat se rend au P.C. du Général Commandant le 13ème  Corps dont il dépend afin de recevoir un complément d'informations. A peine arrivé, il fait installer son lit de camp, le ''bedding'', sous une belle tente, réservée aux hôtes de marque puis, accompagné de son aide de camp et d'un interprète, Lieutenant du  « Signal corps », il va se présenter au Général Gedwin-Austen. A son retour, la tente s'est envolée avec le Q.G. du 13ème Corps et son Général, il ne reste plus à leur place, que le désert tout nu. Le « get-away » est commencé.
         
Le Général de Larminat prend alors le commandement du centre de résistance, il connaît le Général Kopanski qui commande la Brigade des Carpathes pour l'avoir eu comme condisciple à l'Ecole de Guerre à Paris ; ils se sont retrouvés en Syrie avant l'armistice de Juin 1940. Les relations avec les Polonais sont d'autant plus cordiales que leurs officiers ont suivi des stages dans les écoles militaires françaises, enfin Français et Polonais partagent le même sort loin de leurs patries respectives.
El-Mechili est une petite agglomération, dotée d'un puits, placée près d'un ancien fortin turc sans valeur militaire. La population s'est empressée de gagner les villes de la côte dès le début des opérations, seuls restent quelques bédouins qui gardent leurs gourbis. Fait inattendu un médecin français y vit, c'est une femme.
L'organisation du point d'appui commence dès l'arrivée ; les emplacements de combat sont creusés, les plans de feux établis. Les défenseurs d'El-Mechili pensent surprendre Rommel par leur présence et leur détermination alors que l'armée britannique, en proie à une dépression morale, se replie à vive allure; Radio Paris accuse le même jour les Français de brigandage et de torturer ''la pacifique population bédouine de Mechili''. Le séjour dans ce bled fut bref, principalement consacré à des patrouilles et des ''Jock Columns'' Les « Free French » sont devenus de vrais spécialistes de la navigation, passés maîtres dans les déplacements même par vent de sable. Bref le désert n'a plus de secret pour eux. Un proverbe bédouin affirme « qu’il n’y a que deux sortes de gens qui s’amusent dans le désert, les bédouins et les  Dieux », ils n'étaient ni l'un ni l'autre mais ils s'accommodaient au mieux de leur vie.

Le 2 Février, au cours de la nuit les coups de téléphone se succèdent au P.C. de la Brigade: ils annoncent une attaque imminente sur Mechili, puis la prévoient pour le lever du jour, enfin ordonnent de se replier rapidement, très rapidement même. Un message fait savoir que la 7ème Brigade blindée, par ''un coup d'audace remarquable'' a réussi à s'échapper de Benghasi encerclé et a rejoint les avant-postes amis. Au Nord la liaison avec la 11ème Brigade Hindoue est bonne, en somme les Britanniques du premier échelon restent calmes alors que ceux de l'arrière semblent nerveux. Une véritable panique s'empare du Quartier Général du 13ème Corps, le Général qui le commande est âgé et en fin de carrière: le Duce ne disait-il pas du vieux Maréchal Graziani vaincu, « en somme, on ne devrait donner de responsabilités qu'aux gens qui attendent au moins une promotions ».

Avant de quitter la place, le dépôt d'essence est détruit, les ''jerrycans'' vidés sur le sable, les vivres embarqués, la provision d'eau faite. Le 3 Février la nuit tombe, vers 18 heures, les convois se forment mais le départ est difficile ; la Brigade cherche en vain la piste de Gazala, y renonce, est obligée de se déplacer lentement en formation serrée suivant un gisement indiqué par la boussole. Au loin, des lueurs jaillissent au dessus de Tmimi que l'Aviation allemande bombarde. La liaison avec la Brigade Hindoue n'est plus possible, c'est le repli général, à vive allure. Le 13ème  Cops donne à deux reprises l'ordre de marcher vite, le plus vite possible. Au moment où le jour se lève, la Luftwaffe survole les convois, accueillie par le tir de toutes les armes automatiques, le bombardement imprécis ne fait que deux blessés.

Le 4 Février au petit matin, la Brigade atteint les avant-postes de la 1ère  Division Sud-Africaine les ''Springboks''(1), à vingt-cinq kilomètres au Sud de Gazala. Le centre de résistance dit ''Pill-box''(2) où arrivent les Français, Bir-en-Naghia, possède par bonheur un puits qui leur permet enfin de se laver !
A court d'essence, Rommel, un instant distancé, se rapproche et arrête sa progression à hauteur de Tmimi, il occupe Mechili.

(1) Springbok : surnom donné aux Sud-Africains, les springboks sont des gazelles d'Afrique du Sud.
(2) appelé "Pillbox", doîte à puces, en langage spécifique de la VIIIème Armée.

A ce jour, 132 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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