Le siège - Bir-Hakeim

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Le siège

L'Histoire
Le 1er  Juin, le Général Rommel a échoué et s'est retrouvé à deux reprises en sérieuse difficulté. Son ''Armée Blindée d'Afrique'' a beaucoup souffert, mais les Britanniques n'ont pas su concentrer leurs forces mécanisées  pour la détruire. Il juge son adversaire induis et estime avoir, de ce fait, le temps nécessaire à l'exécution d'un nouveau plan. Pour réussir, il a besoin d'une zone d'appui de manoeuvre, et de dépôts, en conséquence il sait qu'il doit s'emparer de Bir-Hakeim dont les champs de mines peuvent lui donner une ligne d'accrochage et de résistance en cas d'échec. D'ailleurs, les directives du Général Caverello, Chef d'Etat-major Général, le lui prescrivent ''au cas où l’occupation de Tobrouk ne serait pas réussie''.
 
Comme le Général Rommel l'avait prévu, la 150ème Brigade a été rayée de l'Ordre de la bataille de la VIIIème Armée, et l’attaque décousue et tardive des blindés britanniques s’est cassée sur le « mur d'acier » des 88 qui défendait le hérisson de chars allemands à sec de carburant. « Rommel détruit la VIIIème Armée par petits morceaux parce que la VIIIème Armée combat par petits morceaux (Paul Carell).

A la 1ère Brigade Française Libre Libre, ''une impression d'ensemble assez confuse'' Est ressentie, comme le mentionne le journal de marche. Ordre est donné, par l’État-major, de faire entrer dans la position le convoi de munitions, qui, arrivé la veille de la Base arrière, attendait, hors de l'enceinte, le moment de suivre le mouvement de la Brigade vers Rotunda signali.
La nuit du 1er  au 2 Juin est très calme, cependant les liaisons radio avec le B.P. 1 sont brouillées par le vent de sable très violent qui sévit sur M'Teilim. Très tôt, le matin, les patrouilles lancées dans le ''V'' par le capitaine Bayrou, du B.M.2, observent une activité ennemie intense, le Lieutenant Conus tire même sur des chars. Il est à peine 9 heures, et déjà le B.M.2 annonce qu'une colonne importante arrive du Nord, en longeant la branche Est du champ de mines. La Compagnie du capitaine Wagner du II/13, qui occupe la corne Nord-Est de la position prend à parti des automitrailleuses, et repère une centaine de camions d'où débarque de l'infanterie dans le Sud-Est de Bir-Hakeim.
Des véhicules à l'Est, foncent sur notre camp retranché. L'artillerie ouvre le feu aussitôt, l'ennemi s'arrête et d'autres fantassins mettent pied à terre à trois mille cinq cents mètres environ de notre enceinte.
En même temps, un véhicule arborant le drapeau blanc se présente à la porte de la Légion: ce jour-là deux officiers italiens venus en parlementaires sont amenés au P.C. ils somment le Général Koenig de se rendre au Général Rommel ''grand vainqueur de Libye'' et prononcent quelques phrases en italien. Le Général Koenig les éconduits courtoisement et leur dit fermement « qu'il n'est pas question de se rendre » . Les Italiens saluent et s'en vont, l'un d'eux dit alors, en français, ''vous êtes de grands soldats'' . Au même instant, les observateurs signalent que tout un convoi britannique vient d'être capturé par une dizaine d'automitrailleuses allemandes: il est 11 heures 15.

La sanction ne tarde pas à suivre le refus de capituler, un tir d'artillerie, de 105, s'abat sur le II/13 et les Batteries du Commandant Laurent-champrosay, les nerfs sont à vif et la chaleur étouffante. Heureusement le ''Khamsin', vent du Sud chaud et sec soulève le sable et vient à l'aide des assiégés, il arrête momentanément tous mouvements et activités de part et d'autre, jusqu'à 19 heures. Au dessus de la mer de poussière qui noie et aveugle les défenseurs, dans l'attente lourde d'anxiété que provoque le bruit des moteurs, trente avions tournent cherchant leur objectif. La déflagration des bombes se mêle bientôt aux explosions des obus ; nous subissons une sérieuse préparation d'artillerie qui appuie de petits groupes de fantassins, progressant dans la nuit qui tombe, ils approchent des marais de mines. Un duel d'artillerie s'engage, assourdissant.

L'investissement de Bir-Hakeim est total, ce soir-là le 1er R.A. et la Légion ont renvoyé sur leur base de départ les détachements ennemis qui attaquaient, il fait nuit les Sapeurs s'activent dans l'obscurité, ils doublent l'épaisseur du champ de mines sur le front du II/13, les Artilleurs ne tirent plus, le vent est tombé, un silence épais, palpable, semble-t-il, envahit le combattant.
Le B.P.1 est rappelé sur la position, son retour doit être protégé par le 4ème Régiment d'automitrailleuses Sud-Africain du Colonel Newton-King, et la 7ème Brigade motorisée. Le Groupement tactique Broche souffre de la chaleur et d'un vent violent qui projette en l'air des tourbillons de sable. Il mettra deux jours à revenir, sans avoir reçu le convoi de ravitaillement qu'il avait demandé, détruit par l'aviation, mais il ramène tous ses blessés dans les sept ambulances qui restent sur les neuf qui lui avaient été envoyées, les deux manquantes se sont égarées, le Lieutenant Alain Stuyvesan, de l'American Field Service est prisonnier.

3 Juin 1942
"Aux troupes de Bir-Hakeim, Toute résistance prolongée signifie une effusion de sang inutile. Vous subiriez le même sort que les deux Brigades anglaises qui se  trouvaient à Gott Oualeb et qui  ont été détruites avant-hier. Nous cesserons le combat dès que vous hisserez des drapons blancs, et si vous vous dirigez vers nous, sans armes.
Rommel, Général d'Armée."

Le message, en double exemplaire, écrit de la main de Rommel est apporté à 9 heures du matin par deux soldats anglais, l'un d'eux est le chauffeur du capitaine Tomkins, notre ''Senior liaison officer'' qui est tombé aux mains des Allemands au cours d'une mission. Les canons du 1er R.A. portent la réponse de la 1ère Brigade Française Libre, en une salve qui casse quelques camions chez l'adversaire.

Ordre Général - 3 Juin 1942, 09 h 30.
"Nous devons nous attendre désormais à une attaque sérieuse, tous moyens combinés (aviation, chars, artillerie, infanterie). Elle sera puissante. Je renouvelle mes ordres et ma certitude que chacun fera son devoir sans faiblir, à sa place, coupé ou non des autres. Bien expliquer cela à tous, gradés et hommes. Et bonne chance à tous.
P. Koenig”

Le siège commence, il durera huit Jours.
Pendant les trois premiers, deux Divisions renforcées tenteront avec l'appui de l'aviation, de forcer la défense, dix groupes d'artillerie les soutiennent. Le dispositif adopté par les assiégeants ne présente aucune solution de continuité: la ''Trieste'' du Général Azzi Arnaldo est dans le Nord-Est, le Général Kleemann avec la 90ème Légère allemande fait front au Sud-est, les 3ème et 580ème  Groupe d'Exploitation assurent la surveillance de la face Ouest.
Pendant deux longues journées, les 3 et 4 Juin toutes les tentatives ennemies seront arrêtées, l'artillerie tonne, les mitrailleuses aboient, le soleil tape et le sable de couleur ocre brûle les yeux. Des coups de 105, des tirs percutants de 155 et les Vagues de bombardiers qui se succèdent, cinq le premier jour, six le second, précèdent les formations d'assaut de un ou deux bataillons. ''Bir-Hakeim est un enfer'' , écrit un correspondant de guerre allemand, les explosions soulèvent des nuages de sable qui s'épanouissent en d'immenses panaches que d'autres panaches viennent remplacer aussitôt. Le II/13 et le B.P. 1 subissent sans faiblir ces attaques répétées malgré les tirs des canons de 50 terriblement précis qui s'acharnent sur leurs armes automatiques.

Le 1er  R.A. fait feu de tous ses tubes, les tirs d'arrêt tombent sur le front des Compagnies, alors que sans cesse de nouvelles troupes semblent surgir du désert. Les Artilleurs sont particulièrement visés par l'aviation, les canons lourds ennemis, hors de portée des 75, effectuent une contrebatterie précise et meurtrière, les Batteries Gufflet et Morlon sont souvent atteintes, un dépôt de munitions saute et le G.S.D.(1) est touché.

Les Fusiliers-marins, du Capitaine de Corvette Amyot d'lnville, servent leurs pièces debout sous une pluie de bombes, ils réussissent à abattre plusieurs avions. Au sein du vacarme, dans les colonnes de poussière, le ''Pacha'' et son second le Lieutenant de Vaisseau Iehlé vont de Section en Section encourager leurs « Sakhos ». Leurs instructeurs britanniques, regroupés en une batterie derrière le B.P. 1, participent à la défense du ciel français. Les escadrilles de bombardiers se placent le dos au soleil pour gêner la D.C.A.

Combattants confirmés les assiégés ne les quittent pas des yeux, lorsqu'ils voient les bombes se détacher de l'appareil, ils savent déjà à qui elles sont destinées. La R.A.F. alertée, poursuit les assaillants ; au retour d'une chasse qui, nous l'espérons, a été fructueuse, les Chasseurs passent au ras de notre point d'appui, et saluent les Français Libres en battant des ailes.
Le Lieutenant-colonel Amilakvari a disposé des troupes de contre-attaque: la 22ème Compagnie Nord-africaine, les Compagnies Lamaze et Messmer du III/13, et des Sections Antichars de la Compagnie Simon derrière les deux bataillons attaqués, elles n'auront pas à intervenir.


Un moment de répis pour le capitaine SIMON, le capitaine LALANDE, le lieutenant VASAQ et le capitaine SAINT-HILLIER

Chaque jour les mêmes scènes se répètent, Bir-Hakeim encaisse six mille obus de tous calibres et plusieurs tonnes de bombes. Cependant les pertes sont relativement légères et le moral est bon. Par bonheur les nuits sont calmes. Dans un silence étrange, sous un ciel de cristal, par un froid qui gagne, peu à peu, jusqu'à la brume du matin les guetteurs entendent le moindre cliquetis d'un outil au travail. Les Pionniers allemands ou les Sapeurs, de Desmaisons s'occupent les uns à défaire, les autres à refaire les champs de mines.

Même pendant la nuit, il est impossible d'oublier que l'ennemi nous entoure, ses fusées jalonnent une vaste circonférence sans faille, il est maintenant à la limite des champs de mines. Nos réserves d'eau s'épuisent, les obus manquent au point qu'il faut réduire les cadences de tir ;  la Compagnie de Transmission du Capitaine Renard travaille toute la nuit à la remise en état des lignes et l'Atelier léger n°2 du Lieutenant Banel à celle des véhicules.

Pendant les journées du 5, 6 et 7 Juin, l'ambiance change, la garnison a le pressentiment que la situation évolue, elle sait aussi que la tentative faite le 5 par les Anglais pour nous dégager a échoué. Toute la nuit du 6 au 7 nous entendons le grondement du canon, un combat a lieu au Nord, l'horizon en est tout illuminé. Peu avant l’aube, une  automitrailleuse allemande se présente, tous phares allumés devant une porte de surveillance du 11/13. Le Général Koenig refuse de recevoir l'officier qui en descend et s'intitule ''plénipotentiaire''. Un légionnaire allemand a beau lui dire que nous sommes déjà au courant l'officier tient à lire une déclaration, s'éclairant à la lumière des phares sa voiture. L'automitrailleuse fait demi-tour et saute sur une mine suscitant l'hilarité générale et bruyante des Légionnaires. Vexé le visiteur s'en va, les pieds dans la poussière. Durant une heure qui nous paraît longue, nous subissons un bombardement très violent. L'aviation est occupée ailleurs ce jour là, on perçoit en effet des explosions caractéristiques dans le lointain, en revanche l'artillerie s'est renforcée, des tirs proviennent maintenant de l'Ouest et nous recevons des obus de 220 qui s'abattent sur Bir-Hakeim avec le bruit que fait un train en marche. L'infanterie continue son infiltration par petits paquets sous les tirs incessants de nos 75, l'étreinte se resserre.

Vers 11 heures, le 6 Juin, les tirs s'accélèrent puis deux bataillons débouchent devant le « Quartier du fort », ils sont arrêtés vers 12 heures 40, au moment où le ciel nous gratifie d'une ondée bienfaisante. Des ambulances, avec drapeaux à croix rouge viennent ramasser les nombreux éclopés qui gisent à cinq cents mètres de la Compagnie Roudaut. Le silence de plomb qui accompagne la récupération paraît irréel, mais la trêve ne dure que quelques minutes et le vacarme reprend, les attaques aussi jusqu'au soir qui amène avec lui une fraîcheur exceptionnelle. Les nouvelles sont bonnes, la VIIIème  Armée annonce que tout un régiment de chars allemands a été détruit.

Tandis qu'au loin l'écho d'une grande bataille résonne jusqu'à nous, dans la soirée nous assistons à un étrange défilé, une vingtaine d'engins blindés parcourent le front de bandière devant la lisière Ouest en tirant au canon. Ils provoquent nos antichars qui ne se dévoilent pourtant pas, il est évident que l'ennemi tâte notre défense pour découvrir son point faible, des allées et venues sont visibles à l'horizon et des tirs s'exécutent sur toute la position.
Lutz Koch, témoin oculaire, correspondant du ''Berlin illustrateur Zeitung'' écrit :
Le 6 Juin, le Colonel Général Rommel se résout à l'attaque par le Nord... « Il me faut Bir-Hakeim, le sort de mon Armée en dépend » ce sont là les paroles que Rommel crie avec un énervement toujours plus grand, à ses commandants d'unités »  et de traiter la position de « ce damné Bir-Hakeim ». Les pertes subies par les assaillants sont très fortes, et L. Koch ajoute:
         « Un abri est ce jour là, une possession très précieuse. Mais c'est bien plus terrible pour les défenseurs de Bir-Hakeim qui, jusqu'au matin du 8 Juin, où commence le deuxième acte de l'attaque sur la forteresse du  désert, ont subi vingt-trois vagues de stukas. Sans interruption les lourdes et les plus lourdes bombes allemandes tombent dans leurs positions et sur leur artillerie, des stukas italiens viennent aussi toujours et toujours au dessus du point d'appui, répandre la mort. Je n'aimerais pas être dans cet enfer, me dit un camarade qui se trouve à côté de moi dans l'abri, tandis que nous voyons à la jumelle toujours de nouvelles colonnes de fumée qui forment une ceinture de flammes autour du point central de la position ».

Le Dimanche 7 Juin s'écoule dans un calme relatif, l'ennemi nous cerne de toute part, creuse des tranchées, installe des mitrailleuses lourdes et des mortiers. Les tirs d'artillerie sont dans l'ensemble, moins intenses, et de rares bombardiers, non identifiés, survolent très haut Bir-Hakeim, trois Messerschmitts 110 finissent cependant par lâcher leurs bombes sur le fort et la Batterie Morlon. Les Allemands répètent leur défilé de la veille, quelques automitrailleuses parcourent la lisière Ouest en mitraillant, ensuite vingt chars provoquent  une attaque sur le B.M.2 puis se replient après avoir reçu quelques obus de la Batterie Gufflet.
Dans la place, il ne reste qu'une journée d'eau en réserve, soit un litre et demi par homme, et guère plus de vivres. Heureusement depuis la nuit dernière un convoi attend dans le Sud, le moment favorable pour entrer dans Bir-Hakeim. Il pénètre enfin dans la place par la porte du B.M.2, guidé par l'Aspirant Bellec. Pour la deuxième fois, la 101ème  Compagnie du Train force les lignes ennemies pour apporter à la Brigade de quoi survivre et attire, chaque fois, sur elle, les tirs d'infanterie et les feux d'artillerie. L'un de ses conducteurs, le jeune Léon Bouvier, dont le camion atteint par l'aviation ennemie brûle, est grièvement blessé par balle, il subira l'amputation d'un bras. Le passage des véhicules, déclenche une réaction de l'artillerie adverse dans la nuit qui tombe. Les téléphonistes, toujours sur la brèche, réparent les lignes constamment coupées, et le parachutage de matériel sanitaire demandé par le Médecin-chef Vialard Goudou est manqué.

Rommel fait venir ses troupes d'élite et les canons lourds qu'il destinait au siège Tobrouk. Il y a là deux ''Sturm Staffel'', des Pionniers et des troupes d'assaut de la Flak sous le commandement du Colonel Hacker, un peloton de cinq chars lourds appartenant à un Régiment Brandebourgeois qui s'est toujours distingué par ses succès et les fameux canons de 88 prêts à tirer à vue directe sur le camp français, la célèbre unité de choc de l'Arme Blindée du Colonel Wolz est déjà sur le terrain.
Cependant, cette journée est funeste aux bombardiers que la Chasse anglaise décime, le Maréchal Kesserling, arrivé par avion au P.C. de Rommel, lui fait des reproches, il exige le que les troupes terrestres attaquent ''ce sale trou'' qui résiste et provoque de si lourdes pertes à la Luftwaffe.

(1) Groupe Sanitaire Divisionnaire

A ce jour, 132 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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