Rayonnement - Bir-Hakeim

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Rayonnement

L'Histoire
Le rayonnement de Bir-Hakeim ne résulte pas seulement des pertes infligées  à l'ennemi(1), ces combats suscitent aussi maints témoignages d'admiration: ''Ici Londres, les Français parlent aux Français'' Jean Marin, jean Oberlé, Maurice Schumann font connaître sur les ondes, par la B.B.C, aux familles de France penchées sur leurs postes, ce fait d'armes qui les remplit d'orgueil.

Le Général de Gaulle exprime avec émotion la fierté qu'il a ressentie « quand à Bir-Hakeim un rayon de sa gloire renaissante est venu caresser le front de ses soldats, le monde a reconnu la France ».

Un message parvient de Yougoslavie, dès le 9 Juin ''Au Général Koenig, l'Armée Yougoslave envoie l'expression de sa grande admiration pour l'héroïque résistance que les Français Libres, sous vos ordres, ont offerte dans la défense de Bir-Hakeim''.

A Santiago du Chili, un drapeau tricolore à Croix de Lorraine est déployé en pleine séance Parlement par un député.

A Mourmansk, les Marins F.N.F.L de la couette ''Roselys''  sont reçus par les Marins soviétiques et la Pravda compare, dans un article, Bir-Hakeim à Verdun.


Le Lieutenant-Colonel AMILAKVARY,
un authentique prince géorgien, à la tête de la 13ème D.B.L.E.


Le 12 Juillet 1942, Winston Churchill déclare à la Chambre des Communes: ''Les Forces Françaises Libres résistèrent avec la plus grande bravoure à Bir-Hakeim.En arrêtant pendant quinze jours l'avance allemande, elles permirent de gagner du temps, le temps d'amener des troupes de Palestine et de couvrir l'Egypte''.

Le Général Sir A. F. Brooke, chef de l'Etat-major impérial termine ainsi son hommage : ''De tels exploits prolongent les plus nobles traditions de la France et ne manqueront pas de faire vibrer les coeurs de tous vos compatriotes, bien plus, de tous les peuples libres. Permettez moi au nom de l'Armée britannique de vous témoigner ma sincère admiration pour la vaillante force d'âme dont a fait preuve la 1èreBrigade des Forces Françaises Libres sous les ordres du Général Koenig''.

Enfin,le Général Auchinleck, Commandant en chef des Forces du Moyen-orient conclut son ordre du jour: ''Les Nations Unies se doivent d'être remplies de gratitude et d'admiration à l'égard de la 1ère brigade Française et de son vaillant Général''.

Le Maréchal Rommel note à plusieurs reprises dans ses carnets, l'admiration qu'il a ressentie devant l'attitude des soldats français combattants dans un enfer, sous des bombardements plus intenses que ceux de Verdun.

Durant l'été 1942, Hitler lui-même précise, à propos des durs combats livrés à Bir-Hakeim: ''Vous entendez, Messieurs, ce que raconte Koch, c'est une nouvelle preuve de la thèse que j'ai toujours soutenue selon laquelle les Français sont, après nous, les meilleurs soldats d'Europe.''(2)

Victoire tactique sur terre, Bir-Hakeim est aussi, une victoire aérienne.
"Alors que la lutte pour Stalingrad battait son plein, dépendant très largement des possibilités de ravitaillement par la Luftwaffe'' (3) le Général A. Schmidt, Chef d’Etat-major de la VIème Armée qui assiège la ville, apprend l'importance des pertes subies en Marmarique, et déclare que Bir-Hakeim est une victoire aérienne ennemie.

Le Maréchal Kesserling écrit dans un rapport, d'abord que les avions, utilisés sur Bir-Hakeim, ont sévèrement manqué en U.R.S.S, et, ensuite. que le ''deuxième front'' (4), constitué par la résistance imprévue des Français Libres à Bir-Hakeim, a contribué à la défaite allemande de Stalingrad, les pertes subies sur la position française représentent en effet une diminution de 20 % du potentiel de la Luftwaffe (5), qui déjà n'avait pu obtenir la supériorité aérienne en Russie. La production des usines du Reich, bombardées, n'arrive plus à combler les pertes, aussi la Luftwaffe, qui jusque-là jouait le rôle principal dans les succès allemands n'aura plus jamais la possibilité de lancer une offensive massive sur le front de l'Ouest, Bir-Hakeim aura subi la dernière, avec mille cinq cents sorties aériennes.

Dans le cadre des relations diplomatiques, la France Libre ancre son existence, ainsi dans le Transvaal, à Johannesburg, la mission qui la représente, jusque-là méconnue, prend un rang égal à celui de l'ambassade de Vichy.

Au cours du premier semestre 1942, les relations ne sont guère privilégiées entre M. Churchill et le Général de Gaulle. Les ingérences de nos alliés au Levant, la rivalité franco-britannique en Afrique Orientale, après la libération de l'Abyssinie(6) et les difficultés survenues à propos de Madagascar, entretiennent une grande instabilité dans les rapports de la France Libre avec la Grande-Bretagne.

Le combat de Bir-Hakeim fut l'occasion saisie par Winston Churchill pour renouer des relations cordiales. Le 11 Juin, précisément, le Général de Gaulle traite du problème de la Grande Île de l'océan Indien avec le Premier Ministre britannique. Il est, en cet instant anxieux du sort de la garnison de Bir-Hakeim, quand le Général Sir Alan Brooke, en fin d'après-midi lui fait connaître la réussite de la sortie. Resté ''seul'' il s'exprime ainsi: ''Oh ! coeur battant d'émotion, sanglots d'orgueil, larmes de joie ''.

Pour le Président Roosevelt, toujours réservé à l'égard du Général de Gaulle, la France n’est qu'une grande puissance cobelligérante. Mais l’Amérique préoccupée par la menace japonaise, porte un certain intérêt aux possessions françaises des Nouvelles-Hébrides et de Nouvelle-Calédonie, bases aériennes de valeur et productrices de métaux non ferreux dont elle a besoin.

Quoiqu’il en soit, un tournant favorable se dessine. Le 9 Juillet, les États-unis reconnaissent dans la France Libre ''le symbole de la résistance française contre l'Axe''. Le Général veille à maintenir la souveraineté française sur les territoires français libres. Il vient du reste, d'adresser un Ordre du jour au Haut-commissaire de France dans le Pacifique:
''Les volontaires du Pacifique, ont repoussé à Bir-Hakeim, l'attaque de la Division « Ariete » puis de la 102ème  Division d'infanterie italienne. Les volontaires du Pacifique, à la pointe du combat, confirment la valeur militaire dont ils avaient fait preuve au cours des opérations qui ont précédé la bataille et donnent la preuve de l'attachement à la France de ses enfants du Pacifique. La France est fière de ses soldats du Pacifique''

Peu de temps après la sortie, la presse étrangère se déchaîne avec enthousiasme, elle s'empare du nom de Bir-Hakeim, et le fait connaître à Santiago, à New York, à Sydney, à tout le monde libre: « La défense de Bir-Hakeim est un des plus splendides exploits de la guerre » écrit le Daily Herald. « Bir-Hakeim prouve que l'esprit de Verdun vit toujours » affirme le Daily Mail. « L'entente cordiale renaît par ce fait d'armes ».

Mais, quel fut, en France, l'impact de la Bataille de Bir-Hakeim ?
En zone libre, la presse n'en parle que pour mentionner les forces italo-allemandes et leurs communiqués, alors que la Royal Air Force lâche des tracts annonçant: « Bir-Hakeim est une victoire françaises » Des brochures et journaux clandestins commentent déjà la première revanche prise sur les Allemands ;  ''Libération'' écrit : ''Bir-Hakeim n'est qu'un épisode dans la guerre, ce n'est qu'un combat dans la bataille de Libye, mais pour la France c'est une résurrections".
De son côté, la presse pro allemande de zone occupée affirme que ''ces français sans discernement, mais non sans courage en l'occurrence, sont sacrifiés dans l'indéfendable Bir-Hakeim par l'État-major britannique et abandonnés à leur sort comme le furent les défenseurs de Dunkerque...'' et, parlant du ''déclin du Gaullisme (7) militaire'' un quotidien espère que ces ''militaires égarés, mercenaires traîtres à la parole de leur chef le Maréchal Pétain, formeront le dernier carré à se battre pour la cause de l'Angleterre, alliée au bolchevisme et aux ploutocrates judéo maçonniques.'' Dans l'hebdomadaire, ''l'Illustration'' , un article est consacré à la chute de Bir-Hakeim, illustré de quelques photographies de prisonniers ''Français Libres''.

C'est alors que des groupes de résistants, des maquis choisissent le nom désormais prestigieux de ''Bir-Hakeim'' l'un d'eux fondé par le groupe ''Combat'' au cours de l'été1942, en Languedoc, connaîtra le succès, mais aussi la douleur par la déportation des siens, et par deux fois livrera des combats sans espoir. Le 27 Mai 1943, dans les forêts de l'Aigoual, il perd quatre-vingt-treize hommes tués, deux officiers capturés, puis pendus, et vingt-sept prisonniers, torturés puis fusillés. Un an plus tard, le 28 Mai 1944, à la Parade, soixante maquisards disparaissent dans les mêmes conditions atroces. Ce maquis, constamment reconstitué, quand un maquisard tombe, un ''ami sort de l'ombre à sa place'',  ira jusqu'en Allemagne recueillir la part de gloire qui lui est due. Le Général Eisenhower lui décerne des récompenses pour ''services exceptionnels rendus aux Armées alliées.''

En zone Sud, dans le centre de la France, en Franche-comté, des journaux clandestins qui portent le nom de « Bir-Hakeim » paraissent ; le risque est grand, une partie des éditeurs du journal créé dans l'Ain en Mars 1943, sera victime de son courage, arrêtés par la gestapo dix-sept membres de l'équipe seront martyrisés jusqu'à la mort.

Au moment où le Général de Gaulle réalise l'intégration, dans une même armée des Forces Françaises Libres, des réseaux de renseignement, et des mouvements de résistance, le combat de Bir-Hakeim lui apporte un élément constructif. Le 18 Juin 1942, dans le discours prononcé à l'Albert Hall, il déclare qu'il n'y a aucune différence entre la lutte menée par la France Libre et celle menée par la France clandestine et, il adresse son salut fraternel aux vaillants groupements d'action en France, à ''Libération'' à ''Combat'' à ''Vérité'' à ''Libération Nationale'' et à tous les autres, à tous leurs chefs et à tous leurs combattants.

Déjà, Jean Moulin, de retour d'une mission à Londres, travaille à la réalisation de l'union morale et matérielle de la France Clandestine : ''un seul combat, un seul chef. Christian Pineau, syndicaliste, un des chefs de ''Libération Nord'' arrive en Grande-Bretagne, accompagné de François Faure qui apporte le ralliement des F.T.P. à la France Libre. Au cours de ses entrevues avec le général, Christian Pineau lui expose le point de vue et les activités de la résistance car ''le terrain de l'action clandestine était pour nous entièrement nouveau'' (8), puis celui-ci repart avec un manifeste qu'il diffuse dans la presse clandestine le 23 Juin 1942 et qui est en même temps publié à Brazzaville, Beyrouth et Londres.
Brossolette, journaliste normalien, ami de Léon Blum, devient sur le territoire français, l'adjoint de Passy, Chef des Services Secrets, Philip, résistant, et Vallon, mandataire du parti socialiste, rejoignent Londres où ils deviennent respectivement Commissaire l'intérieur et Chargé de l'Action Politique dans le Comité National Français.
Le 29 Juillet, la ''France Libre'' devient la '' France combattante'' marquant l'unité d'une à même participation à la guerre des résistants et des soldats de l'Empire.
La France Libre de Bir-Hakeim et la Résistance intérieure de la France captive forment bien les éléments constitutifs, indissolublement liés, d'une seule et même France combattante.

Le cimetière de Bir-Hakeim



(1):51 chars, 13 automitrailleuses, 7 avions, plusieurs milliers de combattants
(2) :''Rommel'' Lutz Koch
(3) et (5): Etude de R.J. Poujade, Résistant déporté au Japon
(4): Souligné dans le texte
(6): Le Bataillon de Marche n°4 participe a la Campagne d'Abyssinie, il entre le premier à Gondar
(7) : Le terme ''Gaulliste'' été créé a par l'ennemi, Degaullisti pour les Italiens et Gaullistiche Truppe pour les nazis nous nous appelions îles Français Libres''
(8) : Général de Gaulle "'Mémoires"
A ce jour, 132 militaires français sont morts pour la France en Afghanistan, en Somalie, au Mali ,au Levant et en Centrafrique
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