Pierre MESSMER - Bir-Hakeim

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Pierre MESSMER

L'HISTOIRE

Interview de Pierre Messmer




Interview du magasine "Les Chemins de la Mémoire" (N° 118 - juin 2002)




- 60 ans après quel est votre souvenir le plus fort?

R : La sortie en force de 3 000 hommes, assiégés pendant 15 jours, assez forts pour briser un encerclement de 30 000 hommes. Il y a 600 morts et 600 prisonniers, souvent blessés, mais les autres passent et c'est un exploit tout à fait extraordinaire.

- Qu'évoque pour vous le fait de commander à 25 ans?

R : Depuis juin 1940, j'étais lieutenant à la tête d'une section mais il y a deux grades où les chefs militaires exercent personnellement leur commandement : capitaine et colonel. Le capitaine peut connaître individuellement ses hommes. Le colonel connaît tous les officiers de son régiment et bon nombre de sous-officiers. J'ai eu le sentiment de commander vraiment à partir du jour où j'ai commandé une compagnie, en 1941, pendant la campagne de Syrie. J'ai fait toute la guerre dans le même régiment, avec un sentiment de fierté, parce que, commander à 25 ans une compagnie de Légion étrangère, c'était une sorte de rêve. mais en même temps, et jusqu'à Bir-Hakeim, je n'étais pas tout à fait sûr de commander aussi bien qu'il le fallait. Au combat, cette inquiétude a passé.

- Aviez-vous une vue d'ensemble des opérations?

R : Il faut distinguer entre le théâtre d'opérations dans lequel on se trouve et les autres. Les officiers étaient assez bien informés sur le théâtre d'opérations auquel ils étaient affectés, par la hiérarchie qui s'efforçait ainsi de motiver ses subordonnés et par "le téléphone arabe"; Au contraire, lorsqu'il s'agissait d'autres théâtres d'opérations, on était mal informé. A l'époque, on ne disposait pas des moyens radioélectriques d'aujourd'hui. Par exemple, j'ai ignoré jusqu'à la fin de la guerre que, en mai-juin 1942, la bataille de l'Atlantique a failli être perdue! Les anglais gardaient le secret sur le tonnage de bateaux coulés. J'en dirais autant sur le théâtre du Pacifique dont je sous-estimais l'importance pour les Américains.

- Vous évoquez le "sauvage mélange des peuples" au coude à coude...

R : La diversité caractérise la première brigade française libre. Elle a grosso modo 5 000 hommes, dont 3 300 dans Bir-Hakeim : dans l'infanterie, 2 bataillons de Légion étrangère avec une majorité d'étrangers; un bataillon du pacifique, et un bataillon d'Afrique équatoriale, des noirs encadrés par des coloniaux blancs, pas un seul bataillon entièrement  métropolitain. Alors que la cohabitation n'est pas facile et que Bir-Hakeim est fermé par les champs de mines, tout ce monde vit en parfaite cohésion. Pourquoi? D'abord, tous sont volontaires ayant rallié la France libre et affectés à une unité combattante. Leur cohésion est forcément meilleure puisqu'ils sont tous très motivés. De plus, l'égalité de statut est presque parfaite. Avant 1940, les statuts diffèrent entre un régiment de tirailleurs sénégalais, un régiment d'infanterie ou la Légion étrangère et même l'habillement. Dans les Forces françaises libres, tout le monde est habillé et payé de la même façon. C'est une égalité parfaite.

- Bir-Hakeim a été le "tremplin d'un espoir retrouvé"...

R : Oui, pour deux raisons. D'abord, les difficultés très graves que les alliés connaissent en mai-juin 1942 ont amené les anglais à faire un battage médiatique important autour de Bir-hakeim, dont nous avons été conscients dès que nous en sommes sortis. L'autre raison, c'est que nous avons été accueillis à Alexandrie avec enthousiasme car c'était une façon pour beaucoup de manifester qu'ils n'aimaient pas les Anglais.





 
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